CHAPITRE I
OU l'on parle etpagnol a tout iboat de diamp.*'
La reîne de» Antilles I... Voilà un joli oom et an^ ravissant pays, à la bonne heure I
Djre qu*à Pbiladeiplue, à Ghariestown' même, à-decnt pas enfin de cette Bella Hc^ana (ah t dame^ TangUàs eât enterré maintenant; nous allons nous livrer à un espagnol féroce 1), dire que nous avons fulli retounim' en arrière comme une armée en pleine déroute 1
Nous ne nous en serions jamais consolé I
Aussi avec quelle joie profonde^ avec quelle ineffable volupté, nous avons octroyé notre passeport aux employée de la police havanaise!... Car il faut montrer son passeport, ici ; ce n'est pas tout à fait comme aux Elate-Unis 1
Les employés sus nommés sont même très-bien mis, et de plus d'une politesse exquise. — Ils vous appellent : « Seigneur! » A chaque instant, comme dans les tragédies I ça flatte !... Et ça vous fait donner sans trop de regret à ces Messieurs... à cessenores, veux-je dire... (Parlons castillan!) la somme modique de deux pesos (le dollar de Tendroit), en échange de una boleta de des$mbarco, — ou, si vous Taimez mieux, d*un billet de débarquement.
Pour ce qui est des valises et des malles, on nous avait dit à New-York qu'on allait fouiller tout ici de fond en comble, que Ton confisquerait nos armes, que Ton s'approprierait nos savons et que Ton ferait main basse sur nos pommades I Calomnie I Pure calomnie ! La douane est ici moins rigide que partout ailleurs, et c'est à peine si elle jette un coup d'œil sur nos bagages*, ce qui nous permet, Dieu merci, de faire promptement notre entrée définitive dans ciBtte ville, après laquelle nous soupirons tant, et qu' ressemble si peu, ce n*est pas un reproche que je lui fais là, aux autres villes de l'Amérique septentrionale.
Une chose qui nous frappe tout d'abord, c'est de voir des soldats, de vrais soldats I
Car aux Etats-Unis, le soldat proprement dit n'existe pas, et ici il existe et parfaitement encore.
Leur uniforme est bien simple : pantalon de coutil bleu rs^é, blouse de même étoffe serrée à la taille par un ceinturon de buiSle, et pour compléter cela, un chapeau de paille à larges bords.
. Du reste, comme tous les soldats havanais sont de grands gaillards, au teint bronzé, à la moustache noire, ces vêtements, si peu luxueux qu'ils soient^ ne manquent pas, sur leur dos, d'un chic tout particulier.
Dans les rues, vous en reocontrez à chaque pas, des nègres aussi !
Quant aux tenoreSy aux senoras, aux senoritaSy Dieu les garde de fouler de leur pied aristocratique le pavé fort inégal, fort gras et fort sale de la capitale' de Tîle de Cuba I — Tout ce monde-là se ferait plutôt hacher par morceaux que de sortir autrement qu'en volante, — espèce de cabriolet à deux ou trois places, huche sur deux roues d'une dimension prodigieuse, gratifié de deux brancards d'une longueur démesurée, et conduit à la Daumont par un nègre plus ou moins vêtu.
La volante joue un grand rôle ici ; il est presque impossible de s'en priver.
Ceux qui n'en ont pas à eux s'en offrent tout à leur aise à raison de... une peseta ou deux réaux la course (20 sous).
C*est incroyable ce qu'il y a de ces voitures à la Havane ; ce qui est fort gênant pour les piétons, vu que les rues sont excessivement étroites, les trottoirs presqu'imperceptibles, et qu'on a toutes les peines du monde à ne pas être broyé sous les roues gigantesques et toujours en mouvement de ces endiablés véhicules.
Enfin, en prenant quelques précautions, nous parvenons aux portes de la ville, gardées nuit et jour par la milice.
Là, nous voyons de vieilles fortifications à moitié en ruines, toutes couvertes de lierre et très-pittoresques d'aspect.
Il va sans dire que la végétation est ici aussi féerique qu'à la Floride ; que dis-je, plus encore, puisque nous sommes en plein maintenant sous le Tropique; juste sous la même latitude (si mes notions géographiques ne m'abusent) que le grand désert de Sahara, autre endroit peu tempéré oti le chameau éclot à vue d'œil !..>
GHAPrrRË II.
Oft n fMC Men plot cband qnt dftot un fonrl
Quant à lâ ville, elle possède un- petit c>achet moitié espa^ gtiol, nK>iiié mauresque, qui n'est certes pas à dédaigner.
Là, presque toutes les maisons sont peintes^en bien, en rosé ou eu jaune; c'est assez riant. Et puis on voit I9 ciel tout à son aise ici 1 Les olBi^ons n'ont généralement qu'un rez^le* chaussée, rarement un premier étage ! Quant à des fenêtres, absence totale! Pourquoi ces braves Havanais s'enferme^ raient-ils I H» n'ont pas déjà trop d'air I Chaque eaiû possède tout simplement de larges ouvertures craies de grilles de fer ; ce (pu fait qu'au premier abord, la viHe ressemble eomme deux gouttes d'eau a une vaste collection de boutiques de bouchers I
Toutes les msasons sont construites sur ce modèle, même les riches hôtels du cerro. Ce qui n'empêche pas les salons de plain^pîed avec la route, et nuilgré leurs barreaux de fer, d'élre vraiment raaguifiques. 0n détail assez curieux, c'estque ces mêmes salons servent assez smivetttàf^ remiser fci«d*
kmté. Une voitare dsiig l'appâriement, c'est original. Pour^ quoi pas les chevaux aussi?
 défaut de chevaux Ton peut voir sous ces lambris dorés, sous ces meubles rares, des ribambeHes de poules, de pou* lets, de canards , de canetons. Ce n'est pas pour leur conversation que ces estimables volatiles sont si bien reçus dans les familles havanaises : non.
— Seulement, comme ils ont le talent de parfaitement détruire les vers, les cris-cris, les scorpions et autres insectes, personne n'hésite à leur donner leurs entrées.
Grâce au3L fenêtres absentes, on voit toutes ces scènes d'intérieur sans se gêner aucunement; on voit surtout, et ce spec* tacle n'est pas le moins attrayant, on voit, nonchalamment étendues sur leurs chaises de jonc, toutes ces charmantes petites créoles aux mains d'enfant, aux pieds invisibles, aux grands yeux, aux chevelures splendides, et toujours en toilette de bal.
La toilette de bal est la tenue ordinaire de la Havanaise : matin et soir, hiver et été.
— Tout en se balançant doucement dans leurs fauteuils, elles roulent entre leurs doigts une cigarette qu'elles fument à moitié.
Puis, leurs grands yeux se ferment, leurs petits doigts lâchent la cigarette inachevée, et toutes ces belles senoras ne tardent pas à voyager un peu dans le pays des rêves.
Des rêves 1 doit-on en faire Ici 1... On dort toujours ! Â une certaine heure de la journée, quand ce gredin de Phébus est dans son coup de feu, la Havane n'est plus la Havane, c'est le palais de la Belle au Bois-Dormant.
A cette heure de somnolenc i forcée, l'amoureux s'endort
en disant : t je vous aime» à la senorita qu'il courtise et qui lui répond par un adorable bâillement.
Le marchand ronfle sur son comptoir, et Tacheteur qui com^ prend ça, prend un fauteuil à côté de lui, et fiadt un somme en attendant.
Dans les rues, sous les palmiers du PiU€o, à la porte dès maisons, tout dort!
Les animaux eux-nsémes ne peuvent échappera Tengourdissement général.
Le cheval s'arrête peu à peu et finit par ne plus remuer ni pied ni patte ; le chien n'a plus la force d'aboyer après le chat, nui lui fourre sa queue dans l'œil en passant, et qui préfère lui-même se vautrer dans la poussière que de se donner seulement la peine d'allonger la grifife vers une souris qui rôde à'^deux pas, et qui est tellement abrutie par la chaleur, qu'elle n'a même pas le courage d'avoir peur et de fuir!