‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 73 sur 88 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Oft l*on volt que les lits sont pen moelleux.

Tout en attendant le coup de bagueWo qui doit transformer la Havane en un v.aste dortoir, nous allons déjeuner au restaurant Legrand, sur le Paseo,

Legrand est Français, et je lui en fais mon compliment : sa cuisine est également française, et je Ten félicite de plus eu plus ; seulement ses prix m'ont paru un peu trop espagnols.

C'est là, chez ce même Legrand, qu'est descendue mademoiselle Rachel, ainsi que son père et ses trois sœurs.

Seul, Raphaël Félix ne fait pas partie de cette assemblée de famille. Il emeure chez un ami.

Mademoiselle Rachel monte à Tappartement préparé pour elle Arrivée à la chambre à coucher, elle s'aperçoit avec terreur que le lit qu'on lui destine n'est autre qu'un lit de sangle I

Un lit de sangle pour Hermione 1 pour Camille ! pour Phèdre \ ce n'est pas vraisemblable ! C'est vrai pourtant L*

Et sur ce lit de sangle pas Tombre d'un matelas ; pas le soupçon d'un sommier. Deux petits draps 1 en tout et pour tout!

Voilà le seul extra que Ton puisse se permettre, vu la température !

Et nous sommes à la fin de décembre ! II doit faire bon ici , au mois d'août!..

Mademoiselle Rachel s'inquiète peu de tout cela! Il lui faut des matelas. De même qu'à Philadelphie, il lui a fallu le )ait d'une ànesse blanche. Il n'y avait pas d'ânesse blanche à Philadeli^ie, on ra a fait une exprès pour elle i .

Et l'on se D)et en quête d'une matelassière!.. Une matelassière, à la Havane ! c'est une rareté I un phénomène !

Enfin, après mille démarches, on en invente une, et la grande tragédienne a ses matelas ! Cinq minutes après, on ne parlait que de ça dans toute la ville !. Ça en valak pardieu bien la peine!..

Nous nous faufilons à travers les groupes formés au coin des rues, pour causer de ce grand événement, et nous allons nous installer à Thètel de l'Union, calle de O'Reilly, n* 1 10, excellente maison, ma foi, la meilleure de la ville, au dire des connaissetirs, tenue par Bernard, un fort aimaèle garçon, unr Français, toujours, que tout le monde connah, dans la ville, et qui connaît tout le monde, et qui donne régultèrement de cent à cent cinquante poignées de main chaque fois qu'il met le nez dans la me.

C'est chez Bernard que devait descendre tout d'abord la grande tragédiemne ; mais Legrand l'a emporté I

Heureux Legrand !

LIlôtBl Bernard est littéralement rempli de voyageurs. Impossible de se procÉtrer ùné chambre particulière ! fîne

stirfe e9t oioore vacante. Elle est grande, lieuretisement. R«9<loux, Dieodonné et moi, nous nous en emparons. En fait de meubles, trois lits, toujours de sangte, comme bien on pense, et 6Rlouré& de moustiquaires.

La moustiquaire est indispensable ici, sans quoi Ton se* r^it dévoré depuis^ la plante des pieds jusqu'à ceile des cheveux •

Far maâieur, il arrive souvent que quelque mousticpie trouve m'^ven de se faufiler sous la gaze : et dame, une foia Uhdess^us, c t intéressant animal sans vertèbres (car le moustique Va pas de vertèbres, c'est un fait avéré), n*a phis qu'une chose à faire : c'est de vous ronger toute la nuit !..

Ces trois lits de sangle ne nous coûtent, à nous trois, que la bagatelle de iviup cbnt anQUAiCTB paAivca par mois. Ça n'est vraiment pas dier : il est vrai de dore que le blanchissage se paie à part.

Il est bien entendu que la nourriture est comprise dans le prix des lits de sangle. Et la nourriture est excellente à rhôtel Bernard. Quelle différence avec cette odieuse cuisine américaine.

Ici, l'aspect seul de la table a déjà quelque chose de ré« jouissant...

Enfin, on voit donc des vraies bouteilles de vin, du vrai pain, et de vraies serviettes!., trois choses totalemem inconnues aux Etals-Unis.

Après dîner, nous allons, sous la conduite de ce môme Bernard, faire un tour de voiture, au Cerro et à La$ Pûentes^ ravissantes promenades toutes plantées de palmiers et de cocotiers , aux cimes immenses. Rien d'adorable CQmae de flâner ainsi le soir dans la campagne^ en dégustant un délicieux cigare du crû, cigare frais encore, et qui n'a rien

perdu de son arôme primitif. A moitié gris (car ces cigareslà grisent parfaitement), nour arrivons devant le Campo Santo de la ville, le cimetière, si vous le préférez.

Là, il y a un écho magnifique, et nous causons avec les morts !.. C'est d'un effet vraiment fantastique ; on dirait que cette voix qui répète nos phrases, nos mots, nos syllabes sort d*un de ces tombeaux que nous distinguons là-bas, au clair de la lune ! csu* il fait un clair de lune superbe, ce soir, sans quoi la mise en scène n'eût pas été complète. Des myriades d'étoiles scintillent au ciel, d'invisibles insectes remplissent l'air d'une harmonie étrange. Dans les herbes des champs, sur le sable de la route rampent des milliers de vers luisants'qui laissent après eux une traînée phosphorescente!.. Sur les buissons, dans les arbres, partout, voltigent d'innombrables lucioles, vrais diamants animés ! qui semblent créés tout exprès pour illuminer de leurs feux cette admirable nuit des tropiques 1

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