‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 75 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ott les dlmanclics ne ressemlilent pat à ccnx des États-Unis.

Dormir, c'est facile à dire, mais c'est terriblement malaisé à exécuter 1 Je ne parlerai plus des moustiques, ça ne compte plus ; et nous n'y faisons même plus attention ; mais les fourmis, que diable! c'est autre chose I... Mon Dieu, je n'ai aucune espèce de haine contre ces petits animaux!.. Mais, sous le prétexte qu'elles ont la manie de vivre en société comme les abeilles, à ce que dit M . de Buffon, ce n'est pas une raison pour établir le siège de leur société dans mon lit. Il est vrai de dire que je n'aurais pas pour compagnes noctur* nés ces excellentes ménagères, que je n'en entendrais pas moins les roulades de deux jeunes mulâtresses qui demeurent dans la maison voisine. Ah ! pourquoi ne sont-elles pas au Conservatoire!... Dieu merci I... elles se taisent! et cette fois nous pouvons...

Au moment où nous fermons enfin nos paupières fatiguée?, deux ou trois chats, mis en train probablement par les fioritures des mulâtresses, se mettent à faire un vacarme, mais un vacarme capable d'épouvanter nn sourd. Un cheval, qui ha-

bite dans la cour de cette gueuse de ménagerie, et que ce bruit irrite apparemment, so met à piaffer et à hennir; un autre animal que je prends pendant longtemps pour un porc et qui n^est autre qu*un mouton enrhumé, profite de cela pour faire sa partie dans ce conçoit ridicule ; ajoutez maintenant le cri monotone des serenos (guetteurs de nuit], qui an* noncent à toute minute aux habitants, qui s'en moquent, quelle heure il est et quel est Tétat du ciel, et vous aurez au complet notre première nuit aux Antilles Heureusement qua le jour n'est pas long à paraître.

Tant mieux, c'est aujourd'hui dimanche ! Et grâce au ciel, ce jour ne se passe pas ici comme aux Etats-Unis I au contraire!,..

Parmi les mille distractions que Ton peut aujourd'hui se procurer à la Havane, les combats de coqs {losgalloê), sont évidemment ce qu'il y a de plus curieux et de plus émouvant.

La scène se passe dans une petite rue au-dehors de la ville. Une espèce de petit cirque en planches, avec trois galeries, sert de théâtre à ces luttes étranges. C'est là que, chaque dimanche, se parient, se perdent et se gagnent des sommes incalculables. C'est la bourse de l'endroit. Comme vacarme, elle n'a rien à envier à la bourse de Paris.

Au moment ou nous entrons, un combat vient de finir. Tous les pari<}urs, ruisselants de suour et à moitié nus, ont sauté dans l'arène et se font payer, non sans crier et gesticuler, je vous le garantis.

Mais le commissaire agite sa cloche, et tout ce monde fini^ par déguerpir. Un autre combat va commencer. Il ne reste plus dans l'arène que le commissaire et les maîtres dos deux coqs qui vont s'écharper, et que Ton lance enfin l'un contre 1

L08 d«ux coqs 86 mesurent de l'œil d'abord; puis, après qael^ies feintes, ils se sautent dessus avec un courage, avec une férocité sans nom. Ils ne se visent qu'à la tète, aux yeux surtout, et se font d*atroces blessures; ils sont presque ioujoui*8 aveugles avant la fin du combat. Quand la lutte commence à se ralentir, chaque maître empoigne sa volaille éclopée et loi lave ses plaies. Il la ranime ensuite en lui soufflant dessus un ^ d'eau et de cognac

Les deux champions, à moitié crevés tout à l'heure, sont de nouveau lancés l'un contre l'autre, et recommenccmt de pttts belle à se déchira! Alors d'autres paris s'engagent; des hurlements furibonds ^ébranlent le cirque ; on monte sur les banquettes ; tout le monde se démène ; et les parleurs excitent les combattants de leurs cris forcenés !

— Courage ! dit l'un de ces derniers, placé à côté de moi, à l'animal pour lequel il parie — Va 1 va ! vise à la lète 1 bravo!., tu l'as touché, encore un coup pareil et tu seras vainqueur ! Et en effet, coomie s'il eût deviné ce que lui dit cet homme^ le coq donne un dernier coup de bec dans la tète ensanglantée de son adversaire, qui tombe sur le côté en battant dcraiie, et crève un instant après. Le vainqueur saute alors sur le cadavre de sa victime, lui donne deux ou trois derniers coups de'bec dans les yeux et se met à entonner un long chant de triomphe.

Il y a aussi d'autres combats, où les coqs ont des rasoirs attachés à la patte. Ils se fendent le crâne et le ventre avec une adresse merveilleuse ; mais c'est trop vite fiui ; on n'y voit que... du sang!... Somme toute, ces animaux-là sont d'affreuses canailles *, voilà mon opinion 1

GHAPITàE VI

Où l'entreprlie Félix ne bal plni que d*aiie «lie.

En ^iUant les coiâbats de eàqê, nous nous retidoiis à la Plaxa d$ Tùroê^ dans Fespoir d'assister è d'autres cottibets, un peu plus dramatiques ; malheureusement, tous les taureaux sont malades, et Ton remplace leurs exercices par des scènes équestres vives et animées. Nous nous eonsolons en allant passer la soirée au Gran Teatro de Taeon, où Ton jou^ce soir : tk Catàlina, \e célèbre opém espagnol, à té qwdit Ti^&die. C'est tout naïvement la tradu(^ion littérale de TEtoilb du Nokd. La pièce est soigneusement motitée, du reste, et fait grand effet.

Mais ce qui obtient un vrai succès d'enthousiasme, c^ la scène des petits tambours.

Ah ! c'est que l'un de ces jeunes tapins n'est autre que la Rota tLêperty qui est venue à Parts il n*y a pas longtemps, et qui est adorée à la Havane. Elle ra vaut pardien bien la peine !

Avant de quitter le théâtre Tacon, nous dirons qu'il est au--des8U8 de tous les éloges qu'on nous avait faits de lui.

C'est une salie splendide, avec laquelle pas une salle parisienne ne pourrait rivaliser.

Véritablement, quand on voit, à deux mille lieues de chez nous, dans des pays à moitié sauvages, des théâtres aussi beaux, aussi spacieux, aussi comfortables, on ne comprend pas comment on peut avoir à Paris des salies aussi désa* gréables et aussi mesquines !

Au bas de l'affiche du théâtre Tacon, nous voyons annoncé le spectacle suivant :

Page 1