‹ Rachel et le nouveau-mondeChapitre 78 sur 88 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Où les oiseaux -s'en donnent A eœnr Joie.

Au point du jour, à seule fin de nous^reposcr un peu, Eernard, quelques ajnis et moi, nous prenons une barque, une charmante petite barque à la vénitienne, que nous bourrons de comeslibles ; nous traversons ia baie, nous allons nous établir sur uno verdoyante colline, ombrag4e par des arbres de fantaisie, comme on n*en voit que dans ses rêves, et nous faisons là le déjeuner le plus pittoresque du monde.

On est tellement bien chez ce Véfour improvisé, qu'on e"h arrive naturellement à dire Téternelle bélise : « On est là comme chez soi I » C'est bien, la peine de se dérjuger î

Notre présence en ces parages peu fréquentés no man(|li9 pas d'intriguer très-fort plusieurs petits caméléons verdàtrcs, à jabots rouges, qui se dérangent exprès pour nous voir manger, et qui semblent se dire entre eux, dans leur langage caméléonien : «Que diable tous ces sauvages-là viennent-il& fabriquer Chez nous ? »

Les réflexions muettes de ces jeunes reptiles ne nous em* pochent. nullement de déguster le moka que nos bateliers

ont eu «oÎQ d'aller nous quérir dans une plantation voisine.

Après quoi, tout en fumant un excellent régalia, nous cpuronssur les hauteurs, à la recherche de quelques cocos; mais ces gredins de cocos sont insensibles à nos agaceries et aux cailloux que nous leur lançons, et persistent à ne pas abandonner le cocotier qut leur a donné le jour.

C'est d'un bon naturek. Note t(X>m prenons cela, et, après avoir traversé le village de Bégla, un petit endroit où le négrier abonde, nous rentrons à la ville, où, tout en nous fé- Kcitant de notre partie de campagne, nous nous apercevons que le soleil âës ÂntiAes nous a tapé sur la tête, et que nous sommes un peu fous.

Ce ne sont pas des coups de soleil qu'on attrape ici, ce ^ sont des coups de marteau. Si bien que toute la nuit nous avons le délire et que nous faisons une masse de rêves, tous plus stupides les uns que les autres.

Le lendemain, pour comble d'agrément, les mulâtresses d'à côté, les moutons, les chevaux, les chats et les guelteufs de nuit recommencent leur tintamarre et ne consentent à se taire qu'avec U jour.

£t ce n'est pas tout, cette fois : Â peine ces odieux voisins ont-ils fait silence qu'un brigand de coq se met à sonner le réveil 1 (Horrible animal 1... A quoi servent donc les combats 4& coqs, puisque celui-là chante encore?)

A son signal^ le perroquet... (voilà encore quelque chose d'amusant, les perroqueU !) le perroquet de Bernard se réveille, et, sans désemparer, entame avec les perruches des mulâtresses Celles avaient aussi des perruches, ces bonnes petites !) une conversation dans des noies tellement aiguës, tellement discordantes^ que tous les volatiles du quartier «e croient |orcés d'y prendre part 1

Et maintenant, si vous voulez savoir pourquoi toute cette ^

clique emplumée se livre ce malin à cette débauche musi- ^

cale, c'est que c'est aujourd'hui le 30 décembre, que c'est ]

par conséquent la fête de sainte Colombe, et que la fête de ; sainte Colombe n'est autre que le jour de Noël des oiseaux ! Chacun son tour!...

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