CHAPITRE
Bn roote Yers TBorope.
Dans la nuit, nous arrivons devant Fîle Saint-Thomas, où nous entrons le matin, an lever du soleil.
A Saint-Thomas, c'est autre chose : pas le moindre choléra, mais énormc^ment de fièvre jaune.
Nous nous embarquons sans perdre une minute, sur VJtrato, immense vapeur anglais, commandé par un excellent capitaine, dont je regrette très-fort de ne pouvoir vous donfier le nom.
Là, on arrête au passage le chien de M. Félix. On réclame 400 ou 425 francs, je crois, pour son installation à bord,
M. Félix, voyant qu'il ne peut conserver son odieux quadrupède qu'en faisant un grand sacrifice, n'hésite pas une
seconde et fait cadeau de son animal à un Monsieur qui
reste à Saint-Thomas. Cet abandon ne nous cause qu'un chagrin médiocre On ast. généralement satisfait d'ôtre privé de ce gêneur nocturne. C'en est toujours un de moins !
Cet heureux incident nous fait descendre à table avec une joie inaccoutumée!
(^jello différence entre les bateaux anglais et américaip»
pour ia nourrîtore! Sur les américains, nous Pavons dit, la viande est tuée à Tavance, conservée dans la glace, et par conséquent, hideuse de goût et d^aspect.
Sur les anglais, la viande s*embarque vivante, et c'est très-gai et très -réjouissant, je vous jure, que de voir sur le pont ces r^iments de moutons, (Je poules, de dindons, de canards, de tortues même. C'est une vraie ménagerie, qui diminue chaque jour d'une effroyable manière.
Comme habituellement tout le monde est malade dans celle traversée-là , on supposait que rtous ne serions pas plus favorisés que les autres
Mais nous somnies tous maintenant de vieux loups de mer et noua jouissons d'une sanié insolente, qui nous délend de manquer im seul repas.
Cet appétit extraordinaire ne laiss) pas que d'inquiéter très-fort le cuisinier de l'endroit.
En cas de naufrage, que deviendrait-on, bon Dieul heureusement pour tout le monde, ce brave Atrato fait mn eatrée dans le port de Soulhampton au jour dit, c'est-à^ir» le 30 janvier 1856!
L'Europe !.. î^oui y sommes 1., Ce n'est pas un rêve!.. Ce que c'est que ia vie, pourtant... Et la vapeur!
Dire qu^il y a aujourd'hui six mois et trois jours, pas davantage, que nous grimpions dans les wa^^ns du chemin de fer du Nord ; faisant, d part nous, la réflexion p^u toom^ lante que nojig ne refoulQrioas peut^ètr^ jaioaia le mao-ada» de nos boule v^irtal..
Et cette réflexion était parfaitement justa ; Qouèen ftommeâ convaincus à présent!. Car, ce sont en définitive, <k dangereux pays que tous ceux que nous venons de tnivorâor^ -» Et les Américaios eux*in&ne3 eu cdavii^noat.
Ainsi, Tun de ces derniers, un yankée, lequel parlait à peu près le français et à qui je demandais ce que je pour« rais bien rapporter en France comme curiosités du Nouveau-Monde. — Mon cher monsieur, — me répondil-il en se fourrant un gros morceau de tabac dans la bouche, — il n'y a qu'une chose vraipiest cnrisuse que les Européens puissent rapporter chez eux quand ils ont voyagé en Amérique, c'est... leur peau !
C'est pourquoi la French Company était joyeuse quand même de se trouver en Angleterre, c'est-à-dire à deux pas de la France, de Paris, seul pays qui soit véritablement beau et bon, et qu'on n*aime jamais davantage que lorsqu'on en est éloigné 1..
Seul, Raphaël Félix possède une physionomie attristée, qui contraste singulièrement avec les physionomie» réjeuie:! de tout le monde. — r Les rôles ont changé.
H y a de quoi être terriblement mortifié, du reste! C'était $i facile de rester tout bonacement en France et de ne pas mettre le nez en Amérique !
Mais, tu Tas voulu, Raphaël 1
Et les gçns superstitieux, qui sont entêtés comme des ânes rouges, pré'endent que tout aurait marché comme sur une masse de petites roulettes, si Ton n*avaitpas quitté la Frano»,
«H VBHBftBDl!
CHAPintE IV.
ifademoltellc Rachel éerit dans les Journaux
Pour que Ton sa rassure un peu sur la santé de maderooiseHe Racbel, nous donnerons ces quelques lignes de notre ami Bernard. *
Habana, 28 janvier 1856.
« Notre célèbre tragédienne s'embarque aujourd'hui même pour New-York. Le lendemain de votre départ, elle a quitta la maison de Marty pour aller chez M.O'Farril. EHe mourait d'envie de leur réciter quelque chose, et elle a fini par leur ékB le Songe d'Âthalie (A la famille O'Farril seule). Ellevoulait donner une réunion; mais elle ne Ta pu !.. Elle devait rester plus longtemps dans cette famille, mais le mal du pays Ta prise et .... »
ht la voici revenue en France, dan^ sa petite maison de Meulan. Bien désolée d'avoir fait un semblable voyage, et...
«Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus. »
Pour comble de contrariétés, ne voilà-t-ii pas que Ton s'a-
muse à écrire dans' les journaux qu'elle va se livrer àuk doux liens de Thyménée. De là , grand dépit, et réplique imm^ diate. — Réplique charmante, du reste, que nous nous faisons un dSvoir et un plaisir de reproduire ici.
« J*ai ouï dire à bon nombre de gens d'esprit qu'il valaft » souvent mieux être maltraité par la presse que de subir » son silence et son oubli. Je viens donc vous remercier » encore du souvenir que vous me donnez dans... Mais » pourquoi , cher amî , ne vous préoccupez- vous depuis » longtemps que des velléités de mariage que vous m'in- » ventez pour m'en blâmer, et , aujourd'hui encore , pour- » quoi me supposez-vous cette inutilité *t
H J'ai deux fils que j'adore ; j'ai trente-deux ans sur mon » acte de naissance ; j'en ai cinquante sur ma figure ; je ne » dirai pas combien a le reste. Dix-huit ans de tirades pâs- » sionnées exhumées sur lé théâtre, des courses folles au » bout de tous les mondes , des hivers de .Moscou , des » trahisons de Waterloo , la mer perfide , la terre ingrate, ]» voilà qui vieillit vite un pauvre petit bout de femme » comme moi 1 Mais Dieu protège les bi^ves , et il semble » avoir créé tout exprès pour moi un petit coin inconnu do » toutes les géographies où je puis oublier mes fatigues, » mes peines, ma vieillesse prématurée... et pourtant vdSp » lancez votre vilain canard au milieu des oiseaux qui per-> ^ chent sur mes branches , et qui me chantent les petites V et bonnes chansons du retour : le mien invraisemblable et » celui du printemps !
•> Si j'étais morte en Amérique, vous eussiez ,- oh ! j'en » suis bien sûre , été le premier â me consacrer (digne de • votre esprit et de votre cœur) un de vos plus chaleureux » ftfùillettms. Ei pktû& (fx& je stiis i^^siliât^ l*un(ei fai^n
» miraculeuse, parce que je puis espérer de vous revoir, de » vous serrer la main comme à un ancien ami , vous vous » dites : « Elle vit, c'est bien, et grâce à Dieu ! Maintenant, » taquinons-la ! •• Alors , vous voilà reparti à Irriter mes
• nerfs trop susceptibles , et à amuser les gens aux dépens » de la pauvre petite Rachel ! Le beau triomphe pour votre » esprit, comme si les victimes lui manquaient 1 Est ce ainsi m que vous devez agir avec une pauvre créature qui revien » bien véritablement de Vautre monde t Allons^ soyez juste
• et bon, et accusez-vous bien vite de taquinerie invétérée à v mon pauvre égard, pour que bien vite aussi je vous par- » donne... de nouveau, et que j*éspère bientôt vous revoir à » Paris où à la campagne ?
» Par Jupiter , je me trouve considérablement gentille » d'agir ainsi avec vous , car cette lettre n'est certattiement » pas écrite par une Grande tragédienne, mais par un bon m enfant qui s'appelle
» BACHEL.
• 44 mars 4956.
Pendant qu'elle avait la plume à la main, quelle délicieuse occasion elle avait pour répondre à ses ex-pensionnaires qaMAe tenait à leur disposition les quelques méchants billets
je mille francs qu'ils attendent pour les représentations
te
de Londres I