CHAPITRE V
Comme qaol toot finit par tfcs... procès.
De même que son illustre fille, M. Félix est profondément yené d^avoir fait cette excursion inutile , et quand , sur le boulevart, quelqu'un le rencontre et s'apprête à lui demander des nouvelles :
— Ne me parlez pas du voyage d'Amérique, s'écria-t-il^ ou je vous fais arrêter 1...
Et l'autre jour, près de partir pour sa maison de campagne :
— Je n'ose vraiment plu^^ retourner à Montmorency ! dit-il en revenant sur ses pas ; je me ferais blaguer par mes poules !
Quant à la sœur de mademoiselle Rachel , mademoiselle Sarah) elle est maintenant, à New- York, ainsi que mesd0« moiselles Durrey et Briard, les deux naufragées du Granada.
Nous apprenons que mademoiselle Sarah, qui n'^st aucu*nement engagée aux Etats-Unis, comme on nous ra?ait écrit, sera à Paris avant peu, pour former une troupe dramatique qu'elle a l'intention d'emmener en. Amérique: — Bonne chance 1
Sous prétexte que mademoiselle Rachel n*est pas revenue en France avec tout le monde , on a fait courir ici mille bruits ridicules.
On a été jusqu'à dire que la grande tragédienne ne voulait pas remettre les pieds à Paris, dans la crainte d'un procès que devaient lui intenter plusieurs artistes de sa compagnie.
Ce bruit était parfaitement faux à ce moment-là. Mais . aujourd'hui ce n'est plus la même chose. Ce ne sont pas tas artistes qui font un procès (raffaire d'Afhérique, du reste, est antérieurement liquidée, quant à eux, et il ne reste plus à solder que c^et éternel mois de Londres dont nous parKoftS à la fin du chapitre précédent). Mais foici venir d'Amérique M. Gustave Naquet, ex-ministre plém^» potentiaire de Raphaël Félix, qui obtint la faveur d^uoe éclatante disgrâce deux mois à peine après noire arrivée aux Etaté'UB» , et qui éprouve le besoin d'en appeler de cette disgrâce devant les tribunaux parisiens.
Aussitôt arrivé à Paris^ i! envoyait à Gustave Bourdin, l'un des rédacteurs en chef du Figaro, la lettre suivante :
A M. GustavB Bourdin.
c Mon cher ami,
« Puisque ta fols partie de la trè^^inte et trèâ^spîn* tueHe trinité qui préside aux destinées du figato, pentiétsmoi d'abuser de notre vieille confraternité en journalisme pour introduire par devant le publie un référé contre les ffé&t en général et le sieur Raphaël Félix en particulier.
* TU dûs ipie, dddaAl à Vnfpéi dé quelques Mileia de mille
en perspective, je me suist mêlé à ce cabotinage tragique doDt Léon Beauvallet a narré les péripéties avec autant d'e^prit que de gaité. Je ne devais d'abord avoir d*autre emploi que celui de truchement, à cause de ma connaissance de la langue anglaise, et il élait parfaitement convenu avec M. Raphaël que mon nom ne figurerait nulle part Cela est si vrai que, dans 1^ liste du personnel publiée par le Figaro avant le départ de la troupe pour l'Amérique, je ne suis désigné que par mon prénom.
a Mais je n'ai pu garder loBgtemps Tincognito dans mes attributions imprévues de factotum; d'agent-général, de fondé de pouvoirs, que sais-je 1 de maître Jacques de M . Raphaël Félix. J'en ai pris bien vite mon parti, et j'ai fait de mon mieux pour préparer à mademoiselle Rachel une fructueuse campa^ie dans le Nouveau-Monde. On m'avait fait de si belles promesses! J'avais réussi parfaitement La biographie de Mirecourt avait été écrasée sous une biographie artistique de mademoiselle Rachel écrite par moi en anglais; la presse de New-York, qui donne le la à toute la pressa des État3-Unis, avait chanté mille et mille fois les louanges de Rachel, et à l'arrivée de la grande tragédienne, le public é^it tout disposé à venir l'applaudir et à payer fort cjier ce droit en entrant au théâtre
(( Le succès a été, je dois le dire, immense, succès d'éftistes et succès d'argent, et cela en dépit des façons admi^ nistralives de Al Raphaël Félix, qui possède un talent tout particulier pour se faire des ennemis dans la presse et dans le. public. Ses bévues ont été sans nombre, et quelquesrunes de ses combinaisons financières lui ont valu une lettre fort sévère de l'honorable Fernando Wood, maire de la ville de. N^w-Yorlc, dans laquelle ce fonctionoaire» plus 3éyère que
le maire de Meaux, tançait vertement le Bilboquet européen et le rappelait à la modestie de sa position.
« te temps me manque aujourd'hui pour entrer dans des détails, qui ne seraient pas sans intérêt au point de vue de l'art et des artistes qui ont l'intention de visiter le Nouveau - Monde. Je dirai seulement qu'après dix ou onze semaines d'exploitation, mademoiselle Rachel a pu envoyer en Europe une traite de trois cent mille fi'ancs, et M. Raphaël une de soixante mille.
n Depuis, mademoiselle Rachel étant tombée malade, elle a dû d^>ourser environ cent-cinquante mille francs, et je n'ai pas appris que M. Raphaël ait rien déboursé du tout Comment donc se fait-il donc que ce Monsieur aille disant partout qu'il a perdu trois cent mille francs et que sa sœur en a perdu autant? Est-ce une façon de répondre par avance aux réclamations de ses artistes au sujet des sommes dues pour le mois de Londres ou pour tout autre motif? je l'ignore. Toujours est-il que rien n'est plus faux.
<t J'arrive donc à ce qui m'est personnel dans tout cela : me trouvant forcé de répondre une bonne fois aux bruits semés sur mon compte par M. Raphaël Félix, depuis son retour, el qui me sont attestés par vingt témoins dignes de foi. M. Raphaël Félix s'est conduit envers moi d'une façon que je ne pourrais pas apprécier sans sortir des bornes .4IQe vous m'avez assignées.
N 11 m'a laissé, sous un prétexte frivole, à Philadelphie, le 4 5 novembre, et, depuis ce temps^ je n'en ai plus entendu parler, et il ne m'a envoyé aucune somme, même celle qui m'était nécessaire pour revenir à Paris. 11 s*est joué du traité qu'il avait avec moi, sachant bien qu'il m'était impossible d'en exiger Texécutidn, la loi à la main, en Amérique, ou,
comme étranger, je devais, avant d'agir, fournir une caution de cinquante miile francs. Il m'a diffamé à Paris auprès de nos amis communs pour justifier sa conduite, et il pense que je reculerai devant le scandale, les frais et les longueurs d'un procès pour obtenir justice II se trompe, et, de façon ou d'autre, je ne reculerai devant rien pour avoir satisfaction des procédés dont il a usé envers moi. D'ailleurs, pour gagner tout de suite ma cause devant le public, avant que les tribunaux aient prononcé, je fais ici à M. Raphaël Félix une* proposition que je le mets au défi d'accepter.
«Je lui propose de désigner lui-même deux arbitres, parmi les hommes de lettres ou les artistes le plus honorablement connus à Paris, et de nous en rapporter à lenr jugement sur nos griefs communs. J'accepte à l'avance, pour nous juger, ceux qu'il aura lui-même choisis, persuadé qu'il ne peut pas se trouver deux hommes de sens et d'honneur qui, sur le vu des pièces, et après avoir entendu nos explications, ne déclarent que M. Raphaël Félix s'est conduit d'une façon odieuse à mon égard, et qu'il me doit l'indemnité spécifiée dans notre traité.
« En donnant place dans le prochain numéro à cette épître écrite à la hâte, au débotté du Nouveau-Mondoi tu obligeras ton vieux camarade,
« Gustave Naqubt. »
Il va sans dire que j'écrivis de suite à ce même Naquet pour savoir ce qui était résulté de cette épitre un peu chaude. Voici sa réponse : elle est dans les mêmes eaux.
« Mon cher Lteauvallet, • Tu me demandes où en est mon afifàire contre les Fé-