Directeur de la Comédie Française
On commençât le troisième acte.
Jouslin poussa des exclamations de surprise. Il n'avait jamais entendu déclamer le Fers avec une netteté plus grande, un talent de diction plus admirable. Quand Hermione se montra dans le Philosophe marié sous un cotillon de soubrette, il se leva furieux, courut dans les coulisses et dit à Saint-Aulaire :
— Ah çà vous êtes fou !
— Pourquoi? demanda le professeur.
— Vous gâtez cette enfant par vos sots rôles de Destouches.
— Oui, je le sais. Que voulez-vous?
Obtenir d'elle obéissance n'est pas chose facile; elle est têtue comme une mule andalouse.
— Eh! corbleu! cria Jouslin, dites à madame Félix de lui donner le fouet: elle est d'âge encore à le recevoir.
Puis, riant aussitôt de sa colère, il pria le professeur de lui amener la jeune élève, quand elle ne serait plus en scène. Un instant après Élisa parut.
— Mademoiselle , dit Jouslin, vous tenez à entrer au Conservatoire ?
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le rôle d'Ériphile. Son admiration se traduisit par aes offres sérieuses. Depuis quelque temps les vaudevilles à Teau de rose de M. oeribe ne faisaient plus que des recettes médiocres. Poirson voulait essayer d'un autre genre, afin d'empêcher la désertion complète du public. Il appela dans son cabinet rÉripnile de la salle Chantereine; elle accourut accompagnée de son père.
— Combien voulez-vous gagner, mademoiselle? demanda Poirson.
La jeune fille regarda l'auteur de ses jours, qui se hâta de répondre dans son idiome tudesque :
— Nous falons teux mille vrancs, gomme un liard.
— Vous valez mieux que cela, dit Poirson. Je vous en donne trois mille, avec une augmentation annuelle du tiers de cette somme, si votre fille réussit à mon théâtre.
— Drès pien ! che signe dont de suite f s'écria Félix père, émeiTeillé de cette bonne fortune.
— Il s'agit à présent de savoir le nom que mademoiselle prendra sur TafiSche,
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dit le directeur. Je »e veux à aneun prix de eelui d'ÉKsa.
— Aimez-vous mieux le nom de Rachei? demanda la jeune fille. M. Choron me Tavait fait quitter lorsque j'étais son élève.
— Quelle sottise r Ma cuisinière s^ap-
Eelle Elisa; tandis que Rachel... à la onne heure! Gardez ce nom, ne le quittez plus.
L'administration du Gymnase commande le jour même une pièce capable de donner l'essor aux qualités dramatiques de sa nouvelle pensionnaire. En moins de trois semaines la Vendéenne de M. Paul Duport est écrite et mise à l'étude. On sonne toutes les fanfares de la presse pour amener le public à la première représentation. Le public arrive; mais il accueille avec froideur la merveille qu'on lui présente. Rachel n'a pas l'ombre de succès. Poirso» se décourage^ diace la Vendéemie de l'affiche et dit:
— C'est un four !
Il plante là sa déJ»utâsite> oo ne lui donne pin» que ées rôles insignitants.
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Haebel court à ia Comédie-Française. Elle demande à parler à M. Védel. Celui-ci, toujours en bataille avec les sociétaires, Be peut la recevoir ; il laisse même «ne lettre qu'elle lui écrit sans réponse. D'un autre côté, Michelot, professeur de la jeune fille au Conservatoire, n'ayant qu'une foif trè^médiocre dans le talent de cette élèf e, huî refuse en quelque sorte scm patronage.
Désc^ée , suppliante , elle s adresse à Provost t, qui la toise des pieds à la tête, la juge solennellement d'un coup d'cet) et lui dit :
— Vous n'êtes pas taillée pour la scène, ma chère. Allez sur le boulevard et vendez de& bouquets f
La pauvre juive, abandonnée de tous^ va frapper, en désespoir de cause, à la porte de Samson, qui l'écoute et s'écrie:
— Bonté divine f si j'avais votre organe, qoek miracles je voudrais accomplir!
— Eh bien ! dit Rachel, faites passer votre génie dans aia voix. Soyez mon maître.