‹ RachelChapitre 4 sur 7 · Preoiier oooiqtié du TbééKr»4nrançai · texte numérisé non relu

Preoiier oooiqtié du TbééKr»4nrançai

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A partir de ce jour, Samson dirige la jeune fille, et met sa vieille expérience au service du larynx merveilleux dont la nature avait doué mademoiselle Félix. Elle se montre beaucoup plus docile que chez Saint-Auiaire, abandonne sans remission les soubrettes, n'étudie que les grands rôles tragiques, et se trouve assez forte, au bout de quelques mois, pour se montrer sur la scène française. Vedel obtient des sociétaires un court armistice. Il en profite pour résilier l'engagement de Rachel au Gymnase, lui épargne les formalités de l'audition, celles des débuts, et l'attache au Théâtre-Français comme pensionnaire, à raison de quatre mille francs pour la première année. L'aflBiche annonce bientôt mademoiselle Rachel dans le rôle de Camille des Horaces.

Une chaleur tropicale brûle Paris.

Tout le monde est aux champs ou à la mer. Quand nous disons tout le monde, il faut entendre la société lettrée, artistique, intelligente. Par hasard, néanmoins, le docteur Véron n'est pas parti. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire quelques lignes des Mémoires de cet excellent bourgeois. Il était plus spirituel

et plus nifllin qiiVm ne pense. Ecniitei plul6t:

\ H Piirimeb(;lle soirée d'été, le 13 jtiin 1838, cliPi'chanl l'ombre c-t la solilude, j'entrai vers huit ou neuf heures au Tfréàta-e-Fraiiçais, (La délicieuse qiigrBinmel] Ou comptait quatra spetitaiteurs à l'orchestre, je faisais te cinquième. Mes regards l'urGUt attirés sur la scène par ^me Iyftysionomie étrange, pleine d'ospressîon, «u fnnit proéminent, à l'œil noir caché S0U9 l'orbite, plein de fpg. fConimo vous écri\eebien, docteur!) Tout cela planté sur un corps grêle, nïais d'une certaine élé;;ance de poses, de nionvements et d'attitudes. Une voix limbiée, aytnpa- , thique, du plus lieurenx diapason, et, par-dessus tout, Irès-intplUjfente rendit attentif mon esprit distrait el plus disposé il la paresse qu'à ladmiialmn (Allons donc! Été comme hiver, les attrices ont toujours stimulé votre eiithoitsinsme.) Celle physionomie étrange, rel cpiljilein de feu, ce coqis l!rele, cette vont intel-

Itigente, c'était M"" Ritcbel . elle disait mue son début le rôle de Camille dnns Horace. L'impression vive el prolonde (Ah ! oui, trop vive et trop profonde 1) que

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me causa du premier coup cette jeune tragédienne réveillajen moi de confus souvenirs. A force d'interroçer ma mémoire, je me rappelai une pnysionornie singulière, jouant le rôle ae la Vendéenne au Gymnase ; je mé rappelai aussi une jeune fiÛe pauvrement vêtue, chaussée grossièrement (Docteur 1 docteur I il fallait lui acheter des bottines) qui, interrogée devant moi dans les corridors d'une salle de spectacle sur ce qu'elle faisait, répondit, à mon grand ébahissement, d'une voix de basse-taille et du ton le plus sérieux : « Je poursuis mes études. » Je retrouvais dans M"' Rachel cette physionomie sinçulière du Gymnase (Décidément, votre rédaction a beaucoup trop de physionomie, docteur! J et cette jeune fille pauvrement vêtue qui poursuivait ses études. Bien à plaindre ceux qui, dans les arts, ne savent ni abhorrer ni admirer : tableaux , statues , monuments, chanteurs ou cantatrices, comédiens ou comédiennes, tragédiens ou traffédiennes, j'abhorre ou j'admire. (Ce diable d'homme ! il a toujours donné dans les extrêmes.) La jeune Rachel m'avait étonné, son talent me passionna. Il me fallut au plus vite mettre la main sur mon

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ami Merle, dont je partageais les goûts et les entraînements littéraires, pour le contraindre à suivre les débuts de celle

aue j'appelais déjà mon petit prodige. — ette enfant-là, disais-je, lorsque les douze ou quirïze cents bons esprits qui font l'opinion publique à Paris l'auront entendue et jugée, sera la gloire et la fortune de la Comédie-Française ^ . »

Qu'en pensez -vous? Notre délicieux fabricant de Mémoires parle de la sorte longtemps encore. Et voyez la chance I admirez l'étoile de Racliel ! Il n'y a pas que lui Véron qui soit resté à Paris. Le feuilletoniste Merle est là pr^t à lui venir en aide, et Janin, qui l'aurait cru? n'est point à Dieppe. On annonce au docteur, toujours assis à l'orchestre et couvant des yeux sa chère tragédienne, que le prince des critiques se prélasse en haut sur un divan du foyer.

— Jupiter! ô Jupiter, s'écrie Véron.

Sans plus de retard, il s'élance, monte

l. Mémoires d'un Bourgeois de Paris, tome IV, pages 196 et 197.

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rèscalier quatre à quatre, arrive et tombé siir Janin comme tin ouragan.

— Malheureux I dit-il, vous li'êtes pas dans la salie !

— Non , répond le critique. Je déteste les bains russes.

•— Alors Vous ignorez ce qui se passe l

— Que se passe-t-ilP

— Duehesnois et Raucourt sont réssuscitées.

=^ Pourquoi faire?

— Ne blasphémez pas, ôùivez^-moi !

■^— Où cela?

— Dans une loge

— Miséricorde ! et là chaleur?

— Il n'y a pas de chaleur qui tienne.

Janin, pris au collet, se voit entraîné ar rintrépide partisan de Rachel. Véron e fait asseoir dans une loge de face et lui

dit, en parodiant un mot célèbre de la

Grèce antique :

<c — Sue, mais écoute ! »

Et voilà comment la brillante renommée de Rachel prit naissance. Janin pu*

t^lia 3iir elle un premier article dan^ les Débats. Si Ton veut en croire le facétieux critique, Permione, en allant le remercier, lui aurait dit : Cest moi que fêtais t-au Gymnase Vari passé. A quoi Janin aurait répondu avec un éclat de rire : Je le savions!

Admettez un instant que le docteur Véron n'eût pas cherché, le 28 juin 1838, à neuf heures du soir, V ombre et la solitude ; supposez que Janin eût été à Dieppe et Merle à Trouville, bien certainement personne au monde ne connaîtrait Hermione ; les douze ou quinze cents bons esprits qui font Vopinion publique ne l'eussent ni entendue ni jugée, et la célèbre tragédienne eût fait four comme au Gymnase. C'est là ce que vous avez voulu prouver, n'est-ce pas, docteur? Donc, la France, l'Europe et l'univers entier vous adressent aujourd'hui par notre bouche tous les remerciements dont vous êtes digne. Si Rachel, ingrate comme beaucoup de filles d'Eve, a parfois oublié vos bienfaits, vous a\ez été généreux, et vous lui avez pardonné, vous bornant à raconter, pour toute vengeance, certaines petites anecdotes fort piquantes sans doute,

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mais qui frisent le scandale, celle-ci par exemple :

« Dans ses moments de dépit et de colère intimes {intimes! y songez -vous, docteur ? vous êtes un fat!), mademoiselle Racliel montre, parfois, la même intempérance de langage que M. Thiers.

Elle s'était prise, un jour, de querelle avec moi. (L'intimité mène si lom !) Je lui tenais tête : j'entendis s'échapper de ses lèvres, à petit bruit, le mot canaille! On se réconcilia. (Peste ! après un pareil mot?) — Tout cela est bel et bien, lui dis-je ; mais vous m'avez apostrophé d'une de ces injures que personne ne s'était jamais permis de m'adresser ; vous .m'avez appelé canaille! — Plaignez-vous, me repondit-elle en riant, ce n'est que depuis ce moment-là que vous êtes de la famille 1. »

Et l'on nous accuse, nous, innocents biographes? Vous entendez comme les contemporains parlent d'eux-mêmes. Rachel a wit de l'esprit à ses dépens et aux

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