‹ Racine (volume 2)Chapitre 17 sur 82 · Salnt-Évromond. Œuvres, tome II, p · texte numérisé non relu

Salnt-Évromond. Œuvres, tome II, p

dats, s'en venir iranquillemeat conter fleurette à la reine Cléofile, jeune coquette langoureuse. Il oublie à ses pieds d'achever la bataille de laquelle dépend la conquête des Indes. Lorsque le Béarnais, en train de devenir Henri IV, allait faire mainte visite à la jeune abbesse de Montmartre tout en assiégeant Paris, c'était dans les entr'actes du siège et non au moment de l'assaut. Ici c'est dans la crise même de la bataille qui va décider de l'empire des Indes, que ce singulier conquérant pense, avant tout, à conquérir la belle reine. Elle et lui font assaut de concetti. Elle ne manque pas d'éloquence, et, pour le remarquer en passant, elle a déjà quelques accents de Bérénice, par exemple lorsqu'elle dit à Alexandre :

Tant d'États, tant de mers, qui vont nous désunir, M'effaceront bientôt de votre souvenir.

Quand l'Océan troublé vous verra sur son onde Achever quelque jour la conquête du monde , Quand vous verrez les Rois tomber à vos genoux, Et la Terre en tremblant se taire devant vous\ Songerez-vous, Seigneur, qu'une Jeune princesse Au fond de ses États vous regrette sans cesse. Et rappelle en son cœur les moments bienheureux Où ce grand conquérant l'assurait de ses feux?

Quant à Porus, « roi dans les Indes », il n'est pas

1. Imitation d'un passage de l'Écriture, rappelé aussi par Fauteur dans VÉpttre au Roi en tête de sa pièce :St2utt Terra in conspectu ejus, [Macchabées, I, l/.S.)

moins galant qu'Alexandre* : c'est un chevalier français, noble, généreux, emporté. Il fait à la reine Axiane, souveraine d'une autre partie du même pays, des compliments fort bien tournés et des antithèses artistement balancées. Cette Indienne, elle-même,

dont les puissants appas Excitaient tous les rois, les traînaient aux combats,

ne s'en acquitte pas mal non plus. Lui qui va combattre Alexandre, ne demande qu'à rester l'esclave de cette belle, et lui dit :

Il faut vaincre, et j*y cours, bien moins pour éviter Le titre de captif que pour le mériter.

Au deuxième acte des Huguenots, le duc de Nevers ne trouvera rien de plus galant pour sa fiancée. Axiane, pour le trait final de ce duetto, répond à Porus :

.... Allez, Seigneur, marchez contre Alexandre :

La victoire est à vous, si ce fameux vainqueur

Ne se défend pas mieux contre vous que mon cœur.

C'est par cette pointe que se termine le second acte. Nous retrouverons ce madrigal, maïs perfec-

1. Cliose singulière : dans une pièce intitulée d'abord Alexandre et Porus^ ces deux héros ne se trouvent en présence l'un de l'autre devant le spectateur qu'au dernier acte, à la scène m ; ils sont seulement censés s'être rencontrée auparavant dans la mêlée. Alexandre lui-même ne parait pour la première fois qu'à la scène IV du troisième acte.

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tionûé» d'abord dans la bouche de Monime disant à Xipharès :

.... Défendez-moi des fureurs de Pharnace.

Pour me faire, Seigneur, Consentir à tous voir, Vous n'aurez pas besoin d'un Injuste pouvoir.

Ensuite dans la bouche d'Aricie disant à Hippolyte, qui lui offre de partager sa souveraineté, et aussi son amour :

J^accepte tous les dons que vous me toulez faire.' Mais cet empire enfin, si grand, si glorieux, I4*est pas de vos présents le plus cher à mes yeut»

Le tour charmant et un peu précieux de ces formules, qui se répondent de pièce en pièce, suffirait à marquer la physionomie de Racine, à peu près comme à certaine manière de finir la phrase musicale, vous dites aussitôt : a C'est du Mozart. »

Dans le roman de Clélie, histoire r&mainey mademoiselle de Scudéry développe longuement cette thèse, cpie la principale qualité d'un honnête homme, c'est d'être amoureux. <k De même qu'en passant des vieux romans de chevalerie à YAmadis, le chevalier amoureux a remplacé le chevalier batailleur, et qu'en passant de VAmadis à VAstrée^ le berger a remplacé le chevalier, dans la Clélie l'honnête homme remplace le berger; mais l'honnête homme amoureux : car, dans les trois romans, le caractère essentiel du chevalier, du berger et

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de rhonnête homme, est d'être amoureux *. » Racine n'était pas pour contredire cette thèse qui convenait trop bien à sa nature et à son talent. Le jeune Roi n'eût pas non plus repoussé un tel idéal. Boileau lui-même avait fini par dire :

Peignez donc, j'y consens, vos héros amoureux.

Seulement il avait eu soin d'ajouter :

Mais ne m'en formez pas des bergers doucereux. Qu'Achille aime autrement que Tircis et Philène ; N'allez pas d'un Gyrus nous faire un Artamène '.

Aussi ne puis -je voir qu'uue ironie indirecte et discrète de ce sincère ami de Racine dans les paroles qu'ailleurs il prête, en une de ses satires, à ces deux Nobles campagnards, c'est-à-dire à ces deux hobereaux de province,

grands lecteurs de romans Qui m'ont dit tout Cyrus dans leurs longs compliments. « Je ne sais pas pourquoi l'on vante l'Alexandre; Ce n'est qu'un glorieux, qui ne dit rien de tendre. Les héros, chez Quinault, parlent bien autrement, Et jusqu'à Je vous hais, tout s'y dit tendrement. »

C'est de cette manière détournée et par une sorte de contre-vérité plaisante, que Boileau trouve moyen de concilier le devoir de l'amitié et celui du bon

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