QUATRIÈME LEÇON
Aristophane, les guêpes.
Racine, les plaideurs.
Si quelque chose peut mettre en lumière la flexibilité de l'esprit de Racine» c'est la farce des Plaideurs survenant en 1668, après Andromaque et avant Britannicus. Cela fait voir aussi peut-être la singulière légèreté de son cœur : car cette bouffonnerie l'occupe et l'amuse l'année même de la mort de mademoiselle Du Parc, au convoi de laquelle il pleurait si fort.
On a dit que le souvenir de son procès au sujet du prieuré de TÉpinaye lui avait inspiré cette comédie. En tout cas, il n'y fait pas la moindre allusion dans sa préface, ce Quand je lus les
Guêpes d'Aristophane, dit-il, je ne songeais guère que j'en dusse faire les Plaideurs. J'avoue qu'elles rae divertirent beaucoup, et j'y trouvai quantité de plaisanteries qui me tentèrent d'en faire part au public ; mais c'était en les mettant dans la bouche des Italiens, à qui je les avais destinées, comme une chose qui leur appartenait de plein droit. Le juge qui saute par les fenêtres, 1© chien criminel, et les larmes de sa famille, me semblaient autant d'incidents dignes de la gravité de Scaramouche. Le départ de cet acteur interrompit mon dessein, et fit naître l'envie à qnelques-uns de mes amis de voir sur notre théâtre un échantillon d'Aristophane. Je ne me rendis pas à la première proposition qu'ils m'en firent : je leur dis que, quelque esprit que je trouvasse dans c«t auteur, mon inclination ne me porterait pas à le prendre pour modèle si j'avais à faire une comédie; et que j'aimerais beaucoup mieux imiter la régularité de Ménandre et de Térence, que la liberté de Plante et d'Aristophane. On me répondit que ce n'était pas une comédie qu'on me demandait, et qu'on voulait seulement voir si les bons mots d'Aristophane auraient quelque grâce dans notre langue. Ainsi, moitié en m'encourageant, moitié en mettant eux-mêmes la main à l'œuvre, mes amis me firent commencer une pièce qui ne tarda guère à être achevée. »
Ces amis dont il parle sont apparemment Boileau. le poète, et son frère Boileau, le greffier du Palais,