LES GUÊPES
le vieux jugé Philocléon, c'est-à-dire l'ami et le chaud partisan deCléon, puisque c'était ce chef du parti populaire qui avait élevé l'indemnité judiciaire de deux oboles à trois. Philocléon a pour interlocuteur et adversaire dans la discussion qui fait le fond de cette comédie, comme de toute comédie aristophanesque, son fils Bdélycléon, c'est-à-dire l'ennemi de Cléon : les sentiments de ce personnage sont ceux d'Aristophane lui-même.
La forme de Tesprit est changeante selon les pays et les temps : je n'essayerai donc pas ici une analyse de la pièce, qui peut-être, à la distance de deux mille ans environ, vous paraîtrait assez froide; j'en indiquerai seulement les lignes principales et quelques traits. Philocléon, heureux de son importance et content de son indenmité, voudrait passer ses jours et ses nuits au tribunal ; il en perd le manger et le boire, il en devient presque fou. Son fils se voit réduit à l'enfermer pour le forcer à prendre du repos. Le vieillard s'ingénie pour s'échapper et retourner au tribunal : il passe par la fenêtre, ou par la cheminée. — « Qui vive ? » crient les esclaves de garde. — « Fumée ! » répond le bonhomme. On bouche le tuyau, et fumée est obligée de redescendre. Alors il s'avise d'autre chose et parodie une des scènes les plus populaires de l'Odyssée. A l'imitation d'Dlysse s'échappant de chez le Cyclope sous le ventre d'un bélier, Philocléon se cache et s'accroche sous le ventre de l'âne I. 9
que Ton mène au marché. Oa s'aperçoit encore de quelque chose. « Qui vive? — Personne. — Personne ! — De quel pays ? — D'Escampette, en Ithaque. » Bdélycléon l'arrête de nouveau : « Voyez un peu où il s'est mis ! il a l'air d'un ânon qui tette I » Le pauvre homme est remis sous clef, fl s'échappe par le grenier et les gouttières. Mais les deux esclaves font sentinelle.