‹ Racine (volume 2)Chapitre 38 sur 82 · Voir TaUemant des Réaux, VIT, 273 : « Un jeune avocat · texte numérisé non relu

Voir TaUemant des Réaux, VIT, 273 : « Un jeune avocat

temps du Xl^ Plaidoyer d'un célèbre avocat du temps, connu sous le nom de Gaultier la Gueule (c'était par où il était le plus fort) : « Quand je vois dans cette cause, disait-il, le concours de tant de puissances, quand je considère ce partage de brigues et de faveurs, et que toute la Cour assemblée dans le barreau s'efforce de combattre la liberté de vos jugements, il me souvient de cette fameuse division des Dieux à l'occasion du siège de Troie. Mais que servent à Monseigneur le Cardinal de Lyon tous ces grands préparatifs, devant les juges qui n'ont des yeux que pour regarder la vérité?... La justice qui nous accompagne a son destin immuable, qui brave les vains efforts de nos adversaires. Que dirai-je davantage? Le Ciel, qui décide |du droit des combats, a pris notre parti contre vous :

Victrix causa Dits placuit.

Et faites les Gâtons tant que vous voudrez par des jugements téméraires et présomptueux, pour témoigner que là cause des vaincus vous plaît », etc.^.

ayant à plaider contre un nomoié Desfitas, bon praticien et pas antre chose, s'avisa de prendre l'exorde de Toraison de Gicéron pour Quintius, où l'orateur dit qu'il a contre lui les deux choses qui, dans la cité, exercent le plus d'influence, le crédit de la partie et l'éloquence, Summa gratta et eloquentia, Desfitas prit aussitôt la parole et dit : c Messieurs, (l'aYOcat de la partie adverse ne se tiendra pas pour interrompu] je ne me pique pas d'éloquence, et ma partie est un savetier. » 1. Claude Gaultier publia ses plaidoyers en 1662. Ils sont emphatiques, creux et sonores. Il y mêle fréquemment la

Un autre avocat du temps plaidait ainsi pour sa fiUe, qui demandait la séparation de corps : «. Verum est dicere, oui, Messieurs, il est bien vrai, ma fille est heureuse et malheureuse tout ensemble : heureuse quidem d'avoir trouvé un époux distingué par sa naissance, malheureuse autem de ce que ce gentilhomme a renversé sa fortune par sa mauvaise conduite ; en sorte, Messieurs, que ma fille court risque de se trouver réduite à mendier son pain, ce pain que les Grecs appelaient Tbv àpTOv... » Etc.

Pour conclure, comme nous avons vu Corneille écrire, la même année et de la même plume, rillvrsien comique avec son Matamore grotesque, et le

physique^ l'histoire aaturelle et rastronomie. Plaidant pour un jeune homme contre son aïeul paternel : c S'il est vrai, dit-il, que ce puissant amour des pères et des aïeuls soit comparé à la violente ardeur du soleil, Ton peut dire avec raison que les angles formés par les rayons de cet astre, lesquels, dans une égale distance de la circonférence, il rend égaux, sont les enfants, qui, dans une égalité de naissance, sont également échauffés de sa lumière et de sa chaleur. Mais c'est seulement dans la forte élévation du midi qu'il y a fort peu d'ombre et point de vent (ici une citation en grec) ; sitôt qu'il vient à décliner (autre citation en grec), il sépare l'air de la terre, et produit les vents qui soufflent et qui refroidissent. Ici, iTous en ressentons trop visiblement les effets. Cette vive ardeur de l'amour du sang est un soleil qui baisse, dont les rayons écartés par le souffle furieux des vents de ces passions dangereuses du profit et de l'intérêt, vont à nous diminuer la' substance des corps, et ne laisser que la figure des ombres. Ainsi, dans l'affaiblissement de la chaleur naturelle, ce pf'tit enfant vient s'exposer aux rayons du soleil de la Justice, qu luit toujours en plein midi, et, tenant le milieu de son élévation, chasse les vents et dissipe les ombresw.. » Etc.

Cid, ce Matamore héroïque, puis, plus tard, donner dans une même année Polyeucte et le Menteur, nous venons aussi de voir Racine écrire de la même plume Andromaque, la tragi-comédie de Tamour, chef-d'œuvre de pathétique, et la comédie des Plaideurs, où tant de finesse se mêle à la boufibnneiie. Telle est la souplesse et retendue de ces génies. Ainsi Mozart écrit le rôle de l'homme de pierre en même temps que celui de Leporello, et Zerline en même temps que Dona Anna , tout cela dans le même cadre. — Et voici maintenant que notre jeune poète, après avoir passé d*Andromaque aux Plaideurs, va rebondir des Plaideurs à Britannicus.

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