L'empereur Phocas, dans HéracUus
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Ton ferait dire aux acteurs tout le contraire de ce qu'ils devraient dire. Il faudrait, par exemple, représenter quelque héros ivre, qui se voudrait faire haïr de sa maîtresse de gaieté de cœur, un Lacédémonien grand parleur *, un conquérant qui ne débiterait que des maximes d'amour, une femme qui donnerait des leçons de fierté à des conquérants. Voilà sans doute de quoi faire récrier tous ces messieurs. Mais que dirait cependant le petit nombre de gens sages auxquels je m'efibroe de plaire? De quel front oserais-je me montrer, pour ainsi dire, aux yeux de ces grands hommes de Vantiquité que j'ai choisis pour modèles? Car, pour me servir de la pensée d'un ancien^ voilà les véritables spectateurs que nous devons nous propose^, et nous devons sans cesse nous demander: « Que diraient Homère et Virgile, s'ils lisaient ces vers? que dirait Sophocle, s'il voyait représenter cette scène ? » Quoi qu'il en soit, je n'ai point prétendu empêcher qu'on ne parlât contre mes ouvrages ; je l'aurais prétendu inutilement. Quid de te alii loquantur^ ipsi videant^ dit Cicéron, sed loqaentur tamen^.
1. Racine, qui toute l'heure faisait allusion au Phocas d'HéracliuSf vise ici plusieurs aulros tragédies de Corneille : la Mort de Pompée^ Sertorius, A gésilas. Le héros ivre qui veut ne faire haïr de sa maîtresse est sans doute Attila, dans la tragédie de ce nom. Voir le tome I"' du Romantisme des ClassiqueSy 8* leçon, pages 253 à 257.
2. De Republicaj lib. VI. « C'est aux autres à prendre garde comment ils parleront de vous ; mais soyez sûr qu'ils en parleront, de quelque manière que ce soit. »
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i> Je prie seulement le lecteur de me pardonner cette petite préface, que j'ai faite pour lui rendre raison de ma tragédie. Il n'y a rien de plus naturel que de se défendre quand on se croit injustement attaqué. Je vois que Térence même semble n'avoir fait des prologues que pour se justifier contre les critiques d'un vieux poète mal-intentionné, malevoli veteris poetce^ et qui venait briguer des voix contre lui jusqu'aux heures où l'on représentait ses comédies. »
L'allusion n'est que trop claire. Voilà les petits côtés de l'humanité, même dans les grands hommes.
Quand la pièce fut reprise, le succès finit par s'établir, et alla depuis toujours croissant. Or ce sont les minorités d'élite qui, pour ainsi dire, s'accumulant de génération en génération, de siècle en siècle, constituent ce qu'on nonune la postérité.
fioileau, lui,, ne s'y trompa point. Dans sa noble Ëpitre à Raciae, le réunissant h Corneille eu sa juste admiration, et protestant contre les critiques indignes adressées à l'un et à l'autre, il dit à son ami :
An Gid persécuté Cinna doit sa naissance
Et ta plume, sans doute, aux censeurs de Pyrrhus
Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.
Sainte-Beuve, après Despréaux, admire expressément ce le peintre de Burrhus » .
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Plus on étudie cette tragédie, plus on en admire la force et la plénitude, la familiarité neuve unie à la grandeur terrible, la vérité dans la peinture des caractères et des passions; tant de contrastes heureux : Burrhus qui essaye d'arrêter Néron au penchant du crime, Narcisse qui l'y entraîne et l'y précipite ; l'infortune du généreux Britannicus, la pureté et la grâce de Junie, jetant leurs doux et fiers rayons au travers des sombres horreurs de la Cour impériale ; cette exposition si simple, si naturelle, d'une réalité surprenante ; mais surtout ces deux scènes capitales qui suffiraient à la gloire d'une œuvre, le duel éblouissant entre Néron et son jeune rival, celui-ci brave, imprudent, téméraire, dédaignant le danger, le provoquant d'une âme chevaleresque, celui-là ironique en sa cruauté froide, méditant sa vengeance ; et cet autre duel, presque aussi émouvant^ quoique principalement politique^ entre Néron et sa mère ; tout cela revêtu d'un style où l'harmonie virgilienne n'ôte rien à l'énergie de Tacite.