‹ Racine (volume 2)Chapitre 50 sur 82 · TITE ET BÉRÉNICE DE GORNEILLE · texte numérisé non relu

TITE ET BÉRÉNICE DE GORNEILLE

Bérénice est une des pièces les plus faibles de Racine, et cependant la plus racinienne. C'est la veine naturelle de son talent coulant de source sans effort. La pièce précédente, toute remplie de beautés sévères, n'avait eu à Torigine que huit représentations ; celle-ci, qui assurément ne dut

pas coûter autant de travail, fut jouée plus de trente fois de suite (c'était comme cent aujourd'hui), et obtint un succès de larmes, une vogue extraordinaire. Ajoutez-y des discussions, des brochures pour et contre, des parodies bouffonnes à la Comédie Italienne, enfin tout ce qui constitue un grand succès. Tels sont les hasards du théâtre.

Hasards ? Oui et non. C'est que le nombre des connaisseurs et des personnes qui pensent est et sera toujours moins grand que celui des gens prompts à s'émouvoir et trouvant plaisir, comme Racine lui-même, à pleurer. C'est aussi que le plus puissant mobile dramatique est et sera toujours l'amour.

Cela ne signifie pas que BoileaU; si Racine l'eût consulté sur le projet et sur Texécution de cette pièce, y eût donné son approbation. Il eût tenté plutôt de l'arrêter sur cette pente. En eflfet, apprenant que son ami^ à la demande de Madame ^, s'était engagé à traiter ce sujet : « Ah ! si je m'y étais trouvé, dit-il, je l'aurais bien empêché de donner sa parole! » C'est, sans doute, qu'il jugeait le sujet trop mince. Un amant et une maîtresse qui se séparent, est-ce matière à tragédie ? Tout au plus celte victoire remportée sur l'amour le plus tendre peut-elle être le sujet d'une sorte d'élégie dialoguée. Élégie héroïque, noble et charmante

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