H« Taine, Nouveaux Essais de Critique et d'Histoire
2. La Critique de Bérénice, dans le Recueil d9S Dissertations de Granet, t. II, p^ 192*
ChimèDe et de Rodrigue, font de la querelle des deux pères, aussitôt après, une péripétie. L'explication entre Titus et Bérénice, au sujet de la séparation, ne donnait qu'une scène; le poète a eu l'adresse de la reculer jusqu'au quatrième acte. C'est à quoi lui a servi ce rôle d'Anliochus, rôle secondaire, mais, comme vous voyez, très utile. Le dernier acte ne se tient pas très bien dans la première partie; mais Bérénice, dans la seconde, faisant partager son émotion au spectateur, couronne tout de sa tendresse et de sa grâce.
Le succès ne fut pas éphémère ; le grand Condé se plaisait à entendre cette pièce, et disait d'elle à peu près ce que Titus dit de Bérénice elle-même;
Depuis deux ans entiers tous les jours je la vois, Et crois toujours la voir pour la première fois.
Au dix-huitième siècle, Adrienne Lecouvreur reprit le rôle de Bérénice et y fut très touchante. Après elle, mademoiselle Gaussin, plus émouvante encore, dit-on, non seulement fit pleurer ensemble, à qui mieux mieux, d'Alembert et Jean-Jacques Rousseau ; mais on raconte que le soldat en faction dans la coulisse, éperdu, laissa tomber son fusil. Stendhal rapporte un fait analogue ; au théâtre de Baltimore, le soldat de garde, voyant Othello qui allait étouffer Desdémona : « U ne sera pas dit, s'écria-t-il, qu'en ma présence un
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méchant nègre aura tué uae femme blanche! »
Et, lâchant son coup de fusil, il cassa le bras d'Othello.
Les critiques ni les parodies ne manquèrent pas plus à la pièce de Racine malgré sa vogue, qu'à celle de Corneille malgré sa chute. Mais les parodies comme les critiques n'ajoutent rien à une défaite, et ne font qu'aiguiser un succès.
Il y eut^ entre autres, Tite et Titus, ou Critique sur les Bérénices, comédie en trois actes, qui parut à Dlrecht, en 1673. La scène est au Parnasse. Les personnages sont : Apollon, Melpomène, Thalie, Tite, Titus, Antiochus, Domitian, Domitie, et enfin les deux Bérénices, celle de (Corneille et celle de Racine, bien que la liste n'en fasse pas mention. Apollon, après avoir entendu les parties, et avant do faire justice, essaye de conclure l'affaire par un accommodement. S'adressant donc tour à tour à Titus (de Racine) et à Tite (de Corneille) ;
APOLLON
titus, n*est^il pas vrai que la tendresse de votrd Ûérénice, son obstination à vouloir vous épouser, et son désespoir, vous désolent ?
TlTUS.
Oui, sans doute, Seigneur.
:2o4 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
APOLLON
Et VOUS, Tite, n'est-U pas vrai qae rincoastance de votre Bérénice, et le refus qu'elle fait de vous épouser, vous affligent, et que vous voudriez bien vous marier ?