TITE
Il n'est rien de plus vrai .
APOLLON
Pour vous, ma Bérénice, n'est-il pas encore vrai que l'amour de Tite, et son obstination à vous épouser, vous est très odieuse, et que vous ne voulez point vous marier ?
BÉRÉNICE de TITE
Oui] Seigneur.
APOLLON
Et vous, Bérénice de Titus, ne voudriez-vous pas bien que l'Empereur vous épousât, et n'est-ce pas le refus qu'il en fait qui vous afflige ?
BÉRÉNICE de TITUS.
Hél Seigneur, n'ai-je pas raison ? »
APOLLON
Or bien, puisque tout cela va ainsi, j'ai un moyen sûr pour vous mettre d'accord, et vous rendre tous quatre contents. 11 ne faut pour tout cela sinon que Tite etTitus troquent ensemble leurs Bérénices. Par ce moyen, Bérénice de Tite, qui ne veut pas se marier, sera avec Titus, qui ne veut pas se marier aussi, et ainsi ils seront d'accord; et au contraire Bérénice de Titus, qui veut se marier, sera avec Tite qui veut se marier aussi; et ils se marieront si bon leur semble : car, pour Tite, qui a été deux ou trois fois tout prêt d'épouser Domitie, il s'accommodera bien aussi volontiers d'une autre Bérénice que de la sienne.
BÉRÉNICE de TITUS.
Mais cette Bérénice ne s'accommodera jamais d'autre que de Titus. Titus seul a pu me plaire, et mou cœur ne prend point le change.
APOLLON
Ne Toilà pas justement la seule chose que je craignais ? Voilà un malheureux homme que ce Tite, que personne ne veuille de lui * !
N'ayant point réussi dans sa tentative d'accommodement, Apollon se décide à prononcer sa sentence, moins sévère pour Racine que pour Corneille ;
Il sera sursis au jugement de Tite, jusqu'à ce qu'il ait fait entendre et déclaré plus nettement ce qu'il aime et ce qu'il hait. Sa Bérénice sera admonestée de ne plus tomber dans une bizarrerie aussi blâmable que celle qui lui fait quitter Tite dès que le Sénat lui permet de l'épouser. Pour Titus, c'a été grande imprudence à lui de s'être exposé au jugement du vulgaire, qui ne comprend point la force de l'amour de la gloire;... mais, pour la Bérénice, comme... elle paraît tout à fait Innocente et qu'on ne voit pas qu'il y ait rien de sa faute dans son malheur, la pitié qu'elle excite est trop grande pour donner du plaisir, et dégénère sans cesse en horreur et en indignation...
Ce jugement d'Apollon semble un peu bizarre.
Il se trouve que Jean-Jacques Rousseau, dans sa Lettre à d'AIembert, se rencontre avec lui : « On tremblait, dit-il, qu'elle ne fût renvoyée... Chacun aurait voulu que Titus se laissât vaincre,