‹ Racine (volume 2)Chapitre 61 sur 82 · Acte III, scèren · texte numérisé non relu

Acte III, scèren

2l6 LE nOMÀNTTSMK DES CLASSIQUES

même au risque de Ten moias estimer... La Reine pari sans le congé du parterre. L'Empereur la renvoie mt;i7twintn7aw, on peut ajouter invito spectalore, Titus a beau rester Romain, il est seul de son parti : tous les spectateurs ont épousé Bérénice. » Une telle critique du rôle de Titus n'est-elle pas le meilleur éloge du pathétique de C4;lui de Bérénice ?

J*ai pensé qu'à propos d'une pièce un peu mince, mais charmante, il pourrait être utile et curieux de rappeler les souvenirs contemporains qui, pour les spectateurs du dix-septième siècle, en faisaient le principal intérêt. Racine, toutefois, bien moins hardi que Benserade, avait Tair de ne songer à rien : Tapplication qu'il faisait de ces souvenirs paraissait se réduire à la donnée très géuérale d'un amour mutuel vaincu par le devoir ; et les deux mots de Suétone, invitus invitam, mis en tête de sa préface, servaient de voile bienséant, quelque transparent qu'il pût être. Aussi, outre l'intérêt des sous-entendus, le poète des femmes sut-il mettre dans cette élégie héroïque tant de sensibilité, tant d'éloquence familière et poétique, tant de grâce pénétrante, qu'il crut pouvoir se passer d'action. C'est là que fut son erreur. Se passer d'action n'est point permis au théâtre : le nom même de l'œuvre dramatique, drama, action, rappelle le poète à son de-

voir. Il y avait, tout au plus, dans ce bref épisode, la malière d'un ou deux actes, non de cinq. Racine s'est joué de la difficulté ; il dit dans sa préface, non sans un peu d^orgueil, « que l'invention consiste à faire quelque chose de rien ». Sainte- Bcuve complète la pensée du poète : « Ici, ce rien y c'est tout simplement le cœur humain, dont Racine a traduit les moindres mouvements et développé les alternatives inépuisables. La lutte du cœur plutôt que celle des faits, tel est, en général, le champ de la tragédie française en son beau moment, et voilà pourquoi elle fait surtout réloge, à mon sens, du goût de la société qui savait s'y plaire*. »

Assurément, on ne peut qu'applaudir à ce commentaire fin et juste, et chaque semaine nous dé> montrons que la tragédie française du dix-septième siècle ne vit pas d'incidents et d'aventures, mais du développement des caractères et des passions, des sentiments généraux de l'humanité; toujours est-il que, par un fond trop peu fertile en situations, la charmante tragi-comédie ou élégie héroïque de Bérénice semble, à présent, plus agréable à la lecture qu'à la scène. Ce tableau de Waltcau était mieux à sa place à la Cour de Saint-Germain ou dans le petit cadre de l'Hôtel de Bourgogne, que

1. Portraits littéraires, Vomi i, sur la reprise de Béré^ Miw, 1844.

2o8 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

dans Je grand Théâtre-Français d'aujourd'hui, — à peu près comme le Don Giovanni de Mozart, dramma giocoso, était mieux placé sur la scène italienne que dans le cadre démesuré de notre Grand Opéra.

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