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comme dit madame de Sévigné : Bajazet étranglé, après avoir vendu chèrement sa vie et immolé plusieurs de ses assassins; Roxane poignardée par Orcan ; Orcan tué par Osmin et les siens ; Atalide tuée par elle-même. Seul peut-être YHamlet de Shakspeare présente un plus grand nombre de morts et de cadavres accumulés. Madame de Sévigné prétend, un peu à la légère, qu* « on n'entre point dans les motifs de celte grande tuerie. » On y entre parfaitement: il est très naturel quAmurat, se défiant de Roxane et- de Bajazet, puisqu'il n'a point appris que l'une ait fait périr l'autre conformément à son ordre, envoie un second exprès chargé de les faire mourir tous les deux. La pièce entière est contenue dans l'intervalle de ces deux messages. Premier message ; Tuez Bajazet. Et, quand on ne lui fait rien savoir de l'exécution de ce commandement, alors second message par un autre homme sûr, chargé de tuer lui-même Bajazet et Roxane. Tout cela est très bien construit et rend bien les mœurs turques, quoi qu'en ait dit Corneille. La couleur locale revêt toute la pièce, en même temps que la vérité historique est partout au fond.
Seul le rôle de Bajazet est inégal et faux. Ce n'est pas seulement parce que, d^us notre boa pays de France, un homme qui se dérobe à une femme est toujours un peu ridicule ; c'est surtotit parce que les actions du persoimage ne répondent
point au portrait qu'on nous a l'ait de lui d'abord, et qui avait bien la mine d'un héros, ni aux paroles généreuses que lui-même prononce çà et là dans le courant de la pièce. Ses actes manquent de franchise et de vigueur ; il se fait scrupule de tromper Roxane par ses paroles, lui qui depuis longtemps la trompe par son silence: « il semble avoir été à l'école des casuistes * ». Ensuite, lorsque de si grands intérêts sont en jeu, sa vie, celle d'Atalide, celle d'Acomat, quand tout cela, le trône ou la mort, dépendent d'un oui^ il ne le dit point. Ce caractère est la partie faible de la pièce : il a du brillant par endroits, mais point de solidité.
On peut toutefois remarquer, d'autre part, que Bajazet pendant les deux premiers actes, s'il n'a pas été tué conformément à l'ordre envoyé par le sultan son grand frère, est en prison ou aux arrêts ; au troisième acte, il peut se mouvoir, mais dans le sérail seulement, et gardé à vue ; pendant les deux derniers actes, il est encore aux arrêts, jusqu'à ce qu'on le tue. Tout cela peut gêner un peu son action. Voilà les circonstances atténuantes. Et aussi tout cela n'est-il pas bien turc? Vous semble-t-îl que ce soit là une tragédie à l'eau de ros(i? ou c< un ouvrage de second ordre sans contredit », comme le prétend La Harpe ? Encore