Voir N. M. Bernardin, op, laud,, tome ni, p
MITHRIDATS 313
dit Appien, Mithrîdate tira de la poison S qu'il poptoit continuellement au pommeau de soa espée, et commença à la destremper en la présence de deux de .ses filles qu'il nourrissoit encore avec luy, dont l'uno s'appeloit Mithridatia, et l'autre Nissa,. tesquelfes estoient fiancées, Tune au roy d'^Egypte, etTaulra au roy de Cypre : icelles, voyant ce que leur père vouloit faire, luy requirent à grand instance qu'il leur baiUast à boire de celle poison, avant qu'il labeust; ce qu'il feit, voyant leur grand instance : et, tout incontinent qu'elles l'eurent prinse, cheureat mortes à terre. Mais luy, combien qu'il en eust beu une grand quantité, ne pouvoit mourir, pour autant qu'il ayoit dès sa jeunesse usé de contre-poison (qu'on appelle encore au jour d'huy mlthridate de son nom), pour crainte qu'il avoit d'estre. empoisonné. Voyant donc un des capitaines de ses Celtes, nommé Bititius, l'appela et luy dit telles paroles ;*'^ « Tu m'as faict beaucoup de grands services de la main contre mes ennemis; mais tu ne m'en pourrois
1. Poison, — première forrAe française du mot latin potio^ boisson; plus tard, on a purement et simplement calqué potion^ — poison était resté féminin jusqu'au i\i* siècle, conformément à son étymologie. Quant k ce que i'idée de poison s'était présentée d'abord à l'esprit confusément avec celle de breuvagej c'est que les substances toxiques^ employées par trahison, étaient presque toujours mêlées à quelque breuvage ( rappelez-vous le dénouement de Britannicus). C'est ainsi qu'aujourd'hui encore les Orientaux, pour donner à entendre qu'un homme a été empoisonné, disent : < U a pris du mauvais café. »
point faire de plus grand, à présent, que de m'exempter et délivrer du dangier où je suis d'estre mené par Pompée en son triomphe : car tu vois maintenant un si puissant roy, et prince d'un si grand pays, qui ne peut mourir par poison, à cause des remèdes qu*il a usés pour sauver sa vie, entendant que le poison est une chose très dangiereuse et domestique aux rois. Et là où j'ai évité, dit-il, tant d'autres dangiers, maintenant ne me suis sceu garder de la trahison et infidélité de mes enfants, de mes amis et de mes gens d'armes. » Âpres qu'il eût ainsi parlé, Bititius, en pleurant chaudement de pitié, le frappa de son espée et lui aida à mourir. Eu telle manière finit sa vie Mithridates... Etestoit, lorsqu'il mourut, en l'aage de septante-huict ou septante-neuf ans, dont il avoit régné cinquante-sept : car il vint en bien jeune aage au royaume de son p>ro, lequel il accreut moult grandement ^. »
La Calprenède n'avait pas craint de mettra en scène ce récit, du moins dans ses traits généraux. L(Tsque Mithridate veut s'empoisonner, sa femme et ses filles lui demandent la faveur de partager sa mort; il finit par y consentir, et la coupe passe de main en main. Une certaine Bérénice, femme de Pliamace» indignée de sa trahison parricide, vient réclamer la même grâce et obtient sa part du poison. Bientôt elles tombent, l'une après l'autre,