Emile Lamé, ibid
2. Ibid, — Au siècle de Louis XV, la perruque poudréo remplace sur la tête de Cinna et d'Œdipe la perruque à la Louis XIV. R y a loin de cet œil de poudre aux yeux crevés et saignants de VCEdipe-Roi dans Sophocle. Vers 1755, mademoiselle Clairon puis Le Kain, commencent à mettre dans le eoslume un peu de vérité historique : toutefois, dans Electre^ mademoiselle Clairon portait encore la robe à queue, mais sans paniers; et ses cheveux, quoiqu'en désordre, étaient encore poudrés à blanc. Les paniers furent conservés dans les autres tragédies. Mademoiselle Dumesnil les portait dans Athalie et dans Sémiramis. Les hommes gardaient aussi la poudre; seulement ils dénouaient la queue de leur perruque, et avaient pour la première fois le cou nu et sans cravate :' chose hardie, vu les habitudes de Cour. Ces héros tragiques portaient le chapeau à trois cornes à la mode du temps j auquel ils se contentaient d'ajouter un haut panache. Avec cela, des culottes bouclées et jarretées à la Française, et des gants blancs. — Lettre de Crébillon sur les Spectacles^ citéô par le comédien Préville dans ses Mémoires, page 114.
l'étiquette : Pylade, quoique intime ami et parent d'Ores te, ne le tutoie pas, car Ores te est un grand prince ; mais Oreste tutoie Pylade. Cependant Pyladc lui-même est fils de roi ; mais on n'en fait pas mention dans la pièce : le poète se garde de le rappeler, parce qu'il veut mettre ce personnage au second plan, ne lui donnant qu'un rôle de confident. Ce que le poète a sous les yeux et copie, le voulant ou non, c'est maintenant l'homme de Cour et la dame de Cour: de là ces bienséances, cette mesure, ces fines analyses des passions, et cette noblesse élégante, qui fait d'autant plus ressortir les traits de vigueur.
Le décor, au xvii® siècle, n'était pas plus vrai historiquement que le costume. Un palais, toujours le même, servait à toutes les tragédies. Que le sujet fût grec, latin, hébreu ou turc, c'était toujours le même palais. On ne se préoccupait pas de cela. Je crois qu'on s'en préoccupe trop aujourd'hui et qu'on tombe dans l'excès contraire. Tout l'appareil théâtral le plus magnifique et le plus rafiSné ne vaut pas une minute d'émotion vraie : c'est là ce que le spectateur, avant tout, demande au poète; le reste importe peu. Bien mieux : soit dans le décor, soit dans le costume, soit dans le style même, loin d'être un mérite c'est un tort quand l'accessoire tire à lui l'attention, qui doit être pour le principal, c'est-à-dire pour l'idée et pour le fond. Tout ce qui, au lieu de servir à mettre l'idée en
LE ROMANTtSME DE RACINE 37
Jumière, y met les détails pour eux-mêmes, est hors de sens, inepte et vicieux. J*aime mieux Taccessoire insuffisant et naïf que Taccessoire trop riche, trop recherché, et dérobant l'attention du public *. « Certes, dit M. Ferdinand Brunetière, il ne faut jouer ni Racine ni Corneille
En habits de marquis, en robes de comtesses,
comme c'était l'usage en leur temps. Ce serait leur nuire, puisque, sous prétexte de les ramener à leur date et de replacer leurs œuvres dans le vrai milieu, ce serait diminuer aux yeux la part de vérité humaine, générale, universelle, que ces œuvres contiennent. Mais n'est-ce pas la diminuer aussi que de vouloir transformer en un milieu rigoureusement historique le milieu vrai sans doute, mais idéal d'abord, dans lequel ils ont placé leur action?... Lorsque, vers le milieu du xvui® siècle, mademoiselle Clairon, c'est-à-dire Voltaire, — et plus tard Beaumarchais, — imaginèrent d'occuper les yeux en même
1 . Ainsi, dans Vopéra de Faitst, à la scène de Téglise, pendant qne Marguerite agenouillée implore Tappui du Ciel contre les désespérances que murmure à son oreille le Mauvais Esprit, et tandis que Tnn et l'autre chantent des airs admirables, une mise en scène puérile envoie sur le visage de Marguerite et sur toute sa personne les reflets bariolés des vitraux de la cathédrale, ce qui lui fait un costume d'aiv lequin. La cantatrice, aveuglée par toutes les couleurs du prisme, est aussi importunée que le public. A la Comédie- Française, dans le Roi s'amuse, l'orage et la pluie sont si bien imités, qu'on les écoute, et qu'on n'entend pas l'actrice.
temps que Tesprit, ce fut pour solliciter par des artifices nouveaux l'intérêt qu'ils ne savaient plus faire jaillir de ses sources naturelles. « Si certains morceaux d'hermine et de fourrure, dit Swift quelque part, sont placés en un certain endroit, nous les appelons un juge. De même une réunion convenable de dentelles et de satin noir se nomme im évêque. » — C'est ainsi qu'un pourpoint avec un haut-de-chausses, accommodés d'une certaine manière, ont commencé de s'appeler chez nous un Espagnol ou un Italien. La vérité, qu'on ne savait plus mettre dans la bouche des personnages, on l'a mise dans leur costume. L'impression, que l'on ne savait plus produire par des moyens légitimes, on en a demandé l'apparence à la splendeur ou à l'originalité du décor. — Et, quand un peu plus tard Talma compléta la réforme, c'est que, guidé par son instinct d'artiste, il sentit admirablement que, pour remplir les rôles vides et creux que lui donnaient à jouer les derniers imitateurs de la tragédie classique, les personnages exsangues de Marie- Joseph Chénier et de M. de Jouy, ce n'était pas trop d'appeler à son aide tous les moyens qui pouvaient faire illusion et masquer cette profondeur de néant. — Mais ni Corneille ni Racine, justement, ne peuvent être traités de la sorte... ^ ».
Aujourd'hui qu'on a modifié, dans la représen-