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Chansons historiques, t. VU, p

geaît devant Boileau de racharnement qu'on mettait à le déchirer, à exagérer dans une intention perfide son affection pour Port-Royal, les services qu'il rendait aux religieuses persécutées. « Vous avez, disait-il à son ami, loué plus d'une fois dans vos vers des personnes dont les miens ne disent rien... C'est vous qu'on devrait accuser, et cependant c'est moi qu'on accuse: quelle en peut être h raison? — Elle est toute naturelle, répondit Boileau : vous allez à la messe tous les jours, moi je n'y vais que les dimanches et fêtes*.»

La conversion de Racine, en effet, fut radicale et soudaine. Toujours impétueux de nature, dans un sens ou dans l'autre, il sortit tout à coup d'une vie dissipée, pour entrer dans la vie dévote. « Il aime Dieu, dit madame de Sévigné, comme il aimait ses maîtresses ; il est pour les choses saintes comme il était pour les profanes. » Elle semble dire que chez cet homme de complcxion passionnée, nerveuse, demi-féminine, la dévotion est une dernière forme de l'amour.

Parmi les diverses causes de ce renoncement, de cette retraite, il y eut sans doute des scrupules religieux et des remords de conscience, que nous devons nous efforcer de comprendre en nous re-

1. Loais Racine, Mémoires sur la vie de Jean Racine, son père.

i5i2 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

plaçant par rimagination dans les idées d'autrefois; mais il y eut aussi les dégoûts dont ce chef-d'œuvre même, Phèdre^ fut Toccasion pour son auteur. Évidemment la concurrence de Pradon, et la cabale en faveur de sa pièce ne furent pas étrangères à cette résolution.

Le troisième grand fait à la date que nous avons signalée est que, au mois d'octobre de la même année 1677, Racine fut nommé, avec Boileau, historiographe du Roi, et dès lors souvent admis en particulier auprès de Sa Majesté et de madame de Maintenon.

Or, celle-ci, se souvenant qu'elle avait été orpheline et pauvre, avait fondé, à Noisy-le-Sec, en 1685, peu de temps après son mariage secret avec le Roi (la Reine étant morte en 1683), une maison d'éducation pour les Demoiselles nobles, qui fut ensuite transférée à Saint-Cyr, sous le nom de Maison de Saint-Louis, et inaugurée en juillet et août 1686 *. Deux cent cinquante à trois cents

1 Celte communauté, sorte de couvent laïque, se composa d'abord de 36 Dames directrices, et de 24 sœurs converses, chargées du service de la Maison; plus tard, il y eut 40 Dames et 40 sœurs converses, s Hfut décidé que les Dames porteraient le nom ôe Dames de Saint-Louis; qu'on les appellerait Madame et non Ma Sœur (elles s'appelaient Ma Sœur entre elles); qu'elles feraient des vœux simples, d'obéissance, de chastelé, de pauvreté, et d'éducation des £)emoiselies, et non des vœux absolus; de peur qu'une communauté engagée pnrdes vœux solennels, et complètement séquestrée du monde,

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jeunes filles de noblesse pauvre y recevaient gratuitement, jusqu'à rage de vingt ans, une éducation séculière, comme on disait alors, ou demi-laïque, comme nous dirions aujourd'hui; beaucoup plus libérale pour Tépoque que celle des couvents de ce temps-là. Louis XIV n'aimait pas beaucoup ces sortes d'établissements, ni la vie qu'on y menait, ni l'éducation qu'on y recevait. Il voulut donc que celle qu'on recevrait dans la Maison qui portait son nom ne sentît en rien le couvent, ni par l'habit ni par les pratiques extérieures, ni par les nombreux offices, ni par la manière de vivre, qui devait être active, aisée, commode, agréable, sans austérités, faite pour des personnes destinées non à la vie du cloître, mais à celle du siècle ; non toutefois dans le grand monde et à la Cour, mais dans la société *.

L'uniforme, composé par madame de Mainlenon, et approuvé par le Roi après quelques modifications, tenait le milieu entre le cloître et le siècle, a L'habit

ne s'appliquât trop à donner aux Demoiselles des manières et une éducation religieuses. Ces jeunes filles seraient mieux élevées par des personnes tenant encore au monde. » — Duc de Noailles, Madame de Mainlenon et la Maison royale de Saint-Cyr, tome III, p. 31.

1. A vingt ans, on leur donnait un trousseau et une dot de trois mille livres, plus cent cinquante livres pour leur voyage, soit qu'elles voulussent se marier, soit qu'elles préférassent le couvent ; et, en ce cas, on les faisait admettre dans les abbayes dont le Roi avait la nomination. Lettres pa^ tentes de fondation, 7 juin 1686.

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