TREIZIÈME LEÇON
ATHALÏB
Racine, x mis en goût par le succès d'Esther », dit madame de Caylus, songea à tirer encore de l'Écriture Sainte une autre pièce, conçue dans de» proportions plus hautes, et composa Athalie, en 1689 et 90. Elle fut jouée en 1691 S mais non avec la même fortune.
1. Onze ans auparavant, le 19 août 1658, à la distribulion des prix du collège de Clermont (aujourd'hui Louis-le-Grand), les Jésuites qui le dirigeaient avaient fait jouer une tragédie latine, Athaliay dans laquelle le Grand-Prétre cachait le petit Joas sous des habits de Ûlle, comme Achille h Scyros chez Lycomède. Le gazetier Loret assista à cette représenta* tion, pour ses quinze sous, détail curieux, qui montre que ces solennités n'étaient pas gratuites :
Là, dans une assez bonne pli Je me mis et me cantonnai, Poui quinze sols que je donnai.
Nous avons vu les inconvénients, les abus de CCS représentations, ces promiscuités étranges de filles d'Opéra avec les Demoiselles de Saint-Cyr ; sans compter Racine lui-même et ses étourderies singulières, et le Roi, avec ses yeux qui voyaient tout; nous avons dû même noter deux accidents auxquels donnèrent lieu ces exhibitions de jeunes filles sur un théâtre aux yeux de tant de brillants personnages On s'aperçut enfin qu'on eût mieux fait de ne pas s'engager dans cette voie. C'est pourquoi Athalie, bien que très supérieure à Eslher, n'eut pas la chance d'être représentée avec autant de pompe; ce fut dans une chambre sans théâtre, dans la classe bleue; les Demoiselles n'avaient pour costumes que leur uniforme, auquel on avait seulement ajouté quelques rubans et quelques prrles.
Il y eut d'abord, le 5 janvier 1691, une sorte de répétition générale, devant le Roi et madame de Maintenon presque seuls. Après quoi ils invitèrent le roi et la reine d'Angleterre à venir voir la pièce, avec cinq ou six personnes, parmi lesquelles se trouvait Fénelon, alors précepteur du duc de Bourgogne. Cette tragédie parut belle, mais ne présentait pas aux deux principaux spectateurs les mêmes allusions flatteuses qu* Es ther. Madame de Maintenon, toutefois, eut le bon goût et le bon sens de déclarer que c'était la plus belle qu'on eût jamais vue.
Sur les remontrances de son directeur, l'abbé Go-
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Jet Des Marais*, elle avait compris que son devoir était Je supprimer désormais à Saint-Cyr les représentations solennelles. Mais le Roi était d'un autre avis et s'y refusait. Le moderne Assuérus se plaisait à ces jOQOours de beauté : preuve que madame de Maintenon et son directeur avaient raison de vouloir y mettre fin. Elle n'y réussit pas du premier coup. On s'y achemina par des concessions, quelquesunes encore assez périlleuses : cette année-là et les deux suivantes, le Roi obtint que les Demoiselles vinssent plusieurs fois à Versailles jouer la pièce dans sa chambre, en présence des princes du sang ^t de quelques seigneurs. Les Demoiselles étaient i menées dans les carrosses duRoi^ et a gardées par des dames de la Cour, pieuses et âgées, » dit-on. Elles jouaient sans aucun apparat de costume. L'effet qu'elles produisaient n'en fut pas relrnidi : cette simplicité, loin de gâter rien, avait bien sa grâce piquante. Et, justement pour cette raison, madame de Maintenon réussit enfin à supprimer cela aussi. Elle voulut que tout se passât dorénavant dans la Maison de Saint-Cyr, entre les Demoiselles et les Dames toutes seules. Ce fut une réforme radicale cette fois, et dont elle traça les règles par écrit, probablement sous la dictée de son directeur : « Renfermez, dit-elle aux Dames, ces amusements dans votra Maison, et ne les faites jamais en