Qui devint évêque de Charlret
public, sous quelque prétexte que ce soit. U sera toujours dangereux de faire voir à des hommes des filles bien faites, et qui ajoutent des agré:ueDts à leur personne en faisant bien ce qu'elles représentent. N'y souiïrez donc aucun homme, ni pauvre ni riche, ni vieux ni jeune, ni prêtre ni séculier ; je dis, même un saint, s'il y en a sur la terre. » C'était, comme vous voyez, la contre-partie absolue, et par conséquent le désaveu complet, de tout ce qu'on avait fait à l'occasion d'Esiher.
Dans ces conditions nouvelles, les spectacles de Saint-Cyr ne cessèrent point tout à fait, mais devinrent assez rares. On jouait seulement pour quelques dames qu'amenait madame de JUaintenon, toujours dans la classe bleue, les actrices en uniforme de la Maison, et en toute simplicité. Cela devait paraître un peu fade à celles qui avaient joué Esther avec tant d*éclat.
Racine, de son côté, dans ces circonstances, quel« que détaché qu'on le représente du monde et de la gloire désormais, ne fut plus tenté de faire de nouvelles pièces. Il faut dire aussi quM/Aa/te, trop grandiose pour un si petit cadre, n'avait pas eu tout son effet. 11 semble que, sans se Tavouer à luimême, Tamour-propre d'auteur, qui ne meurt jamais, ait voulu en appeler au public : Athalie parut imprimée en 1691 ; mais elle ne réussit guère d'abord dans le monde. Une vieille femme, un enfant et un prêtre, y avait-il bien là de quoi intéresser les gens ?
Cette froideur du public ne put que confirmer l'auteur dans ses idées de renoncement au théâtre : et, pendant huit ans qu'il vécut encore, il ne composa plus, en fait de poésie, que quelques cantiques. Bref, Racine put douter de son œuvre suprême et croire qu'il s'était trompé. Boileau, seul, toujours ferme dans son sens littéraire et dans son amitié, tint bon, et lui affirma qu*Athalie était son chefd'œuvre.
Nous disons, nous : un de ses chefs-d'œuvre ; un des plus hauts, et le plus sévère; nous devons ajouter : le moins sympathique par le fond au public des temps nouveaux, quoique extrêmement théâtral et plein d'effets et de contrastes romantiques. Ne vous attendez donc pas à trouver ici le même agrément qui faisait partie du sujet SEsther et de l'histoire des représentations de cette pièce. Il faut prendre les sujets comme ils viennent, et savoir étudior sévèrement les choses sévères. Le fond et l'esprit de la pièce sont d'un fanatisme sauvage, à peine voilé par la poésie. De même que, en ce qui regarde la pièce précédente, nous avons vu comment Racine, ayant emprunté au livre d'Esther une histoire de harem assez grossière, avait su, avec une habileté curieuse et un art infini, la transformer et l'idéaliser pour l'accommoder aux personnes auxquelles il destinait la pièce, c'est-à-dire d'une part aux Demoiselles de Saint-Cyr qui devaient la jouer, de l'autre aux deux principaux spectateurs,
Madame de Mainteuon et le Koi; de même, pour Athalie, et avec un art encore plus grand peut > être, empruntant à la Bible un sujet d'une férocité singulière, il va recouvrir ce fond barbare des draperies éclatantes d*un style prestigieux et des couleurs de la poésie religieuse la plus sublime, propre à séduire les imaginations, surtout celles des spectateurs du dix-septième siècle, mieux disposés que ceux du siècle suivant et surtout que ceux du nôtre à sympathiser avec le fanatisme sacerdotal et monarchique, qui est Tâme de cette tragédie et qui y remplace les passions de l'amour.
Rap{)elons le point de départ du sujet, qui égale presque en horreurs et en atrocités l'histoire des Atrides. Il est tiré du livre des RoiSj IV, 11, et des ParalipomèneSj II, 23 et 24. Pour l'expliquer clairement, il ne faut pas manquer de faire la i
distinction entro les rois de Juda et les rois I
d'Israël. Ceux de Juda régnaient à Jérusalem, ,
ceux d'Israël à Samarie. Âchab et Jézabel étaient roi et reine d'Israël, c'est-à-dire d'un pays ennemi de Juda et de son culte. Jézabel était de Syrie : c'est pour cela qu'elle favorisait le culte de Baal Leur ôlle, Athalie, épousa Joram, roi de Juda. D'autre part; à Samarie, Jéhu, à l'aide de l'influence de quelques prophètes hostiles au culte de Baal (c'étaient les révolutionnaires du temps), s'insurgea contre le roi d'Israël, qui était alors Joram fils d' Achab et de Jézabel, et frère d'Athalie (autre
que le Joram de Juda), et le tua. Quoique ayant pris parti pour Jéhovah contre Baal, il n'en était pas moins un infidèle au point de vue de Juda, parce qu'il sacrifiait a sur les hauts lieux 9, et non au Temple de Jérusalem, et adorait même le Veau d'or (ou plutôt le Taureau d'or) *.
Ochosias succéda à son père sur le trône de Juda. Après avoir régné un an, étant allé rendre visite au roi d'Israël, frère d'Athalie, il fut tué par l'ordre de Jéhu, ainsi qae les soixante-dix fils d'Aciiab * (Athalie dit quatre-vingts, au vers 714, acte II, scène vn, mais apparemment par hyperbole oratoire). Jéhu fît aussi jeter par les fenêtres du palais de Samarie la reine Jézabel, dont le corps fut dévoré par les chiens. Sa fille, Athalie, ayant appris à Jérusal(*m tous ces massacres, voulut de son côté détruire la race royale de David, et, comme il n'y avait plus entre elle et le trôna que les enfants d'OchosiaS; ses petits-fils, elle les égorgea tous, et devint reine •. Un seul échappa, sans qu'elle en sût ricn^ et^ ramassé entre les ca-«
1. Nous parlons ici comme Racine et les orthodoxes; mais le fait est que le Taureau d'or était encore Jétiovah sous sa forme primitivei qui subsistait dans le royaume d'Israël.
2.-C Or le roi Âchab (mari de Jézabel] avait soixante-dix fils, fUii régis septuaginta qui étaient nourris chez les premières personnes de la ville (de Samarie). Lorsque ces personnes eurent reçu les lettres de Jéhu, elles prirent les soixante-dix fils du Roi et les tuèrent. Et leuis létes furent mises dans des corbeilles. > — Rois, IV, Yill, 4.