Plafond de la galerie d'Apollon, au Louvre
Tout en reconnaissant que ce Dieu, si rude qu'il fût, était un progrès vers Tidée spiritualiste en comparaison des Divinités rivales, — Baal, le Soleil, — Aslarté, la Lune, — dont Malhan s'était fait le prêtre pour lutter contre Joad et le Dieu de Juda ; à plus forte raison de la Divinité des Philistins, Dagon, moitié femme, moitié poisson, ou des dieux-animaux, imités de TÉgypte, tels que le Veau ou Taureau d'or, souvenir du bœuf Apis resté dans la mémoire des Hébreux revenus du pays des Pharaons ; cependant, autant Jéhovah est grand lorsqu'on le compare aux Dieux qu'il détrône ^, autant il semble participer encore de leur barbarie, lorsqu'on le compare à l'idée de Dieu telle qu'on la conçoit aujourd'hui. Sainte-Beuve pourtant, ici, parait presque confondre l'un avec l'autre.
Ce n'est pas au point de vue dramatique que je trouve son sentiment discutable. Lorsqu'il parle de la transe où est le spectateur, il dit fort bien : a On est muet et sans haleine, comme ces Lévites, immobiles sous les armes et cachés; on sent dresser ses cheveux à cet instant où, tout étant prêt, et Athalie donnant dans le piège, le grand prêtre éclate :
Grand Dieu, voici ton heure, on t'amène ta proie!
1. Encore peut-on ajouter que, s'il paraît ôtre plus grand qu'eux, c'est que nous le connaissons par la Bible, qui est d'un temps plus avancé que ces Dieux, et qu'ils n'existaient plus.
iS6 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
Et bientôt, s'adressant à Athalie elle-même :
Tes yeux charchcnt en vain, tu ne peux échapper, Et Dieu de toutes parts a su Tenvelopper.
Consommation digne du drame lent et sur conduit par Dieu seul. »
Mais voici où je cesse de comprendre et de partager le sentiment de l'illustre critique. Je ne trouve pas étonnant que Racine, pour le dessein qu'il se proposait, ait tempéré d'un rayon chrétien la physionomie farouche du Dieu de Joad, notamment au moyen de la prophétie qui mêle à la Jérusalem ancienne la Jérusalem nouvelle^ rËglise future ; mais il avait trop le sentiment de la vérité historique pour dépouiller entièrement Jéhovah de la férocité que lui donne la Bible : aussi ne puis-je voir dans ce Jéhovah, même adouci éL christianisé, la grandeur divine que Sainte-Beuve veut y trouver. Je me demande à travers quel prisme, quel éblouissement, il l'aperçoit, pour en parler comme il fait. Comment expliquer cette déviation d'un sens ordinairement si juste?
C'est, je pense, que, quand il écrivit cette page qui fait partie de son Histoire de Port-Royal ^^ il ^tait encore dr.ns la période de ce que l'on pourrait