Poélique, cb. xv
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temps dans la manière de concevoir et de peindre les sentiments d'une jeune princesse du sang royal.
Représentons-nous maintenant la situation au point où nous sommes. Voilà Âgamemnon, roi et père, pris entre son amour pour son enfant et son devoir de chef d'État ; en butte à des assauts ctultipiiés : d'abord auK nobles et touchantes paroles de sa fille, qui cherche à Tébranler par sa douceur et à l'attendrir par sa fierté, ensuite aux reproches sanglants de sa femme, qui Tattaque par rindignation , puis aux assauts de l'impétueux Achille, dont le nom a été employé pour attirer dans un piège Iphigénie qu'on lui avait promise ; enfin aux obsessions impitoyables du politique Ulysse, et de Calchas, interprète officiel de la volonté des Dieux. Telle est la situation d'Agamemnon : sa famille, l'armée, le clergé, il a tout contre lui.
Chacun de ces terribles assauts, développé par le poète avec un mouvement et une progression d'une stratégie dramatique et oratoire incomparables, demanderait une étude à part. En ce qui regarde Iphigénie, Diderot aurait dû ajouter que, dans cette soumission apparente, il n'y a presque pas une parole qui ne soit une protestation contre l'injustice de l'arrêt auquel elle tend a une tête innocente » • Quant à Clytemnestre, elle ne cherche point à contenir son indignation, ni à modérer son discours ; u. 8
elle apostrophe rudement Âgamemnon, et . rien n'arrête le torrent de sa colère^ de ses reproches, de ses invectives :
Vous ne démentez point une race funeste:
Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste. Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d'en faire à sa mère un horrible festin.
Barbare 1 c'est donc là cet heureux sacrifice Que vos soins préparaient avec tant d'artifice Y...
Etc. Acte IVy scène iv.
Cela dure soixante- treize vers, sans donner à Âgamemnon le temps de placer un mot. Et que dirait-il ? Elle se relire avant qu'il ait pu répondre, et emmène sa fille : on ne la lui arrachera qu'avec sa vie.
Achille survient presque aussitôt. Sa colère est plus formidable encore. Certes, ce n'est pas tout à fait l'Achille d'Homère; mais c'est au moins le grand Condé en ses terribles emportements. Je croiB que Voltaire n'a pas tort de dire : c II parle comme Homère l'aurait fait parler s'il avait été Français. » La difficulté était de maintenir la majesté royale d' Agamemnon en face de ces éclats d'un Achille héroïque et chevaleresque, tel que Racine Ta conçu. Il y a réussi.
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