‹ RacineChapitre 7 sur 64 · ACHILLE · texte numérisé non relu

ACHILLE

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur; je Pai jugé trop peu digne de foi : On dit, et sans liorreur je ne puis le redire, Qu'aujourdhui, par votre ordre» Iphigénie expire; Que vous-même^ étouffant tout sentiment humain, Vous l'all«z à Calchas livrer de votre main ? On dit que, sous mon nom à l'autel appelée, Je ne l'y conduisais que pour être immolée; Et que, d'un faux hymen nous abusant tous deux, Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux? Qu'en dites*vous, Seigneur? Que faut-il que je pense? Ne ferez-YOUs pas taire un bruit qui vous offense?

A6AHEMN0N.

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins. Ma fille ignore encor mes ordres souverains ; Et, quand il sera temps qu'elle en soit informée. Vous apprendrez son sort, J'en instruirai l'armée.

ACHILLB.

Âh ! je sais trop le sort que vous lui réservez.

AGAMEXNON.

Pourquoi le demander, puisque vous le savez ?...

Etc. Acte IV, scène iv.

Ainsi Racine a su résoudre le problème, non seulement de maintenir la majesté d'Agamemaon devant la colère d'Achille, mais de donner même l'avantage au Roi, sans trop sacrifier d'autre part le plus illustre des héros grecs. Les sentiments d'un

siècle monarchique, où le Roi était presque un dieu, voulaient qu'il en fût ainsi. En sens inverse, dans un drame écrit pour notre siècle démocratique, au second acte d'Hemanif à la scène m, entre Charles-Quint et le chef de bandes dont, à la fin du premier acte, le Roi a dédaigneusement favorisé la retraite hors du château de Silva, Hernani à son tour protège la retraite du Roi; et c'est la dignité du Roi qui est un peu sacrifiée à celle du bandit populaire. Le poète cependant a fait de son mieux pour la maintenir; mais vous jugerez jusqu'à quel point il a réalisé cette intention ; voici la fin de la scène : Hernani menace le Roi et le provoque; le Roi refuse de croiser le fer avec lui.

HEHNANI.

Çà, te défendras- tu ?

DON CARLOS, impassible.

Vous m*aâîfts^inerez.

Hernani recule. Don Carlos^ fixant des yeux d'aigle sur lui:

Ahl TOUS croyez, bandits, que vos brigades viles Pourront impunément s'épandre dans mes villes? Que. teints de sang, ;hargés de meurtres, malheureii . 1 Vous pourrez, après tout, faire les généreux? Et que nous daignerons, nous, victimes trompées, Anoblir vos poignards du choc de nos épées?... Non ! le crimr yous tient ! partout tous le traînez : Nous, des duels avec vous? Arrière I assassinez.

IPHI6ÉNIB 29

He}naniy sombre et pensif, tourmente qwlques instants de la main la poignée de son épée, puis se retourne brmqwment vers le Roi et brise la lame sur le pavé,

HERNANI

Va-t'en donc.

Le Roi se retourne à demi vers lui et le regarde avec dédain.

Nous aurons de» rencontres meill ures.

Va-t'en.

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