HISTOIRE DE LA POÉSIE
Dans la discussion sur les unités, parlant à un public éclairé, j’ai resserré en vingt pages ce qu’un pédant eût allongé en deux cents. Je respecte trop le temps de mes lecteurs pour tomber dans un pareil défaut. Je vais donc encore supprimer toutes les idées intermédiaires: je vais jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire de la poésie.
Pour des âmes efféminées, pour des âmes rouillées par l’étude du grec et rapetissées par la vie monotone du
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cabinet, et qui ne peuvent souffrir un vers énergique si elles n’y reconnaissent à l’instant une imitation d’Homère; pour de telles âmes, dis-je, la mâle poésie de Shakspeare, qui montre sans détours les malheurs de la vie, est physiquement insupportable.
Shakspeare, c’est-à-dire le héros de la poésie ro- ' mantique , opposé à Racine, le dieu des classiques; Shakspeare, dis-je, écrivait pour des âmes fortes, formées par les guerres civiles de la Rose rouge et de la Rose blanche.
Les cœurs anglais étaient alors ce que furent les nôtres vers l’an 1500, au sortir de ce sublime moyen âge. questi tempi délia virtü sconoscinata, et les plus beaux de l’Italie. Nous étions des hommes alors; nous applaudissions franchement à ce qui nous faisait plaisir. Maintenant nous nous laissons régler par des gens qui, sensibles à la seule vanité, loin d’exposer leurs âmes à toutes les passions, passent froidement leur vie à commenter de vieux auteurs. Ces âmes mortes ont l’excessive prétention de nous dicter orgueilleusement, à nous, âmes vivantes, ce que nous devons aimer ou haïr, siffler ou applaudir ; à nous, qui avons senti tant de fois l’amour, la haine, la jalousie, l’ambition, etc., tandis que les érudits n’ont senti que la petite vanité littéraire, la plus rapetissante, la plus vile, peut-être, des passions humaines.
Le peuple, qui va applaudir franchement à la Stadera ce qui le fait rire ou pleurer, est plus près du bon goût que nous, qui avons eu l’âme faussée par le précepteur di Casa.
Malgré les pédants, l’Allemagne et l’Angleterre l'emporteront sur la France; Shakspeare, Schiller et lord Byron l’emportent sur Racine et Boileau. La dernière révolution a secoué nos âmes. Toujours les arts font de grands progrès dans le premier moment de repos réel qui suit les convulsions politiques. Les pédants peuvent nous retarder de dix ans; mais, dans dix ans, c’est nous, ignorants en livres, mais savants en actions et en émotions, c’est nous, qui n’avons pas lu Homère en grec, mais qui avons assiégé Tarragone et Girone, c’est nous qui serons à la tête de toutes choses.
Les jouissances que les Italiens demandent aux arts vont revenir sous nos yeux presque ce qu’elles étaient chez nos belliqueux ancêtres, du temps de l'archevêque Visconti, lorsque Milan toucha à la couronne d’Italie, lorsque nos ancêtres commencèrent à songer aux arts ; vivant entourés de dangers, leurs passions étaient impétueuses, leur sympathie et leur sensibilité dures à émouvoir ; leur poésie peint l’action des désirs violents. C’était ce qui les frappait dans la vie réelle, et rien de moins ort n'aurait pu faire impression sur des naturels si rudes.
La civilisation fit un pas, et les hommes rougirent de la véhémence non déguisée de leurs appétits primitifs.
On admira trop les merveilles de ce nouveau genre de vie. Il se forma des cours, dans lesquelles toute manifestation de sentiments profonds parut grossière *.
‘ Ceci est un extrait excellent de Johnson; vous m'en avez avcrli. (Note en marge, de la main d’un inconnu).
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D’abord on eut à la cour de Louis XIV les manières cérémonieuses des Espagnols. Et qu’on y prenne garde, ces manières espagnoles font encore, dans le Milanais, la politesse de nos vieillards. Bientôt après, sous Louis XV, des manières plus gaies et plus libres de tout sentiment réprimèrent et finirent par faire disparaître tout enthousiasme et toute énergie. Voilà où en était en France la haute société en 1780. Qu’on me pardonne si je parle de la France; les antiromantiques, peut-être sans s’en douter, car ils sont bien innocents, veulent nous donner tous les préjugés de la France.
Racine a travaillé pour ce peuple, à demi étiolé déjà sous Louis XIV par le despotisme de Richelieu. Tous les gens éclairés savent ce que Richelieu avait fait contre les lettres par l’Académie française. Ce prince des despotes inventa une douzaine de ressorts aussi puissants pour ôter aux Français l’antique énergie des Gaulois, et couvrir de fleurs les chaînes qu’il leur imposa. Il fut défendu de peindre dans la tragédie les grands événements et les grandes passions ; et c’est Racine, le poète d'une cour efféminée, esclave, et esclave adorant ses chaînes, que les pédants veulent imposer à toutes les nations, au lieu de souffrir que l’Itplien fasse des tragédies italiennes, l’Anglais des tragédies anglaises, et l’Allemand des tragédies allemandes!
Car voici la théorie romantique : il faut que chaque
peuple ait une littérature particulière et modelée sur son
caractère particulier, comme chacun de nous porte un
habit modelé pour sa taille particulière. Si nous citons ✓ >
Shakspeare, ce n’est pas que nous voulions imposer Shakspeare à l’Italie. Loin de nous une telle idée. Le jour où nous aurons une tragédie vraiment nationale, nous renverserons Shakspeare et son élève Schiller. Mais, jusqu’à ce grand jour, je dis que Shakspeare nous donnera plus de plaisir que Racine; je dis de plus que, pour parvenir à avoir une véritable tragédie nationale italienne, il faut marcher sur les traces de Shakspeare, et non sur celles de Racine. Je dis encore qu’Alfieri , ainsi que Racine, est un très-grand tragique, mais qu’il n’a fait qu’amaigrir, que spolpare encore le maigre système français, et qu’en un mot nous n'avons pas encore la vraie tragédie italienne. Mais revenons à l’histoire des révolutions de la poésie.
Comme le bois, léger débris des forêts, suit les ondes du torrent qui l’emporte aussi bien dans les cascades et les détours rapides de la montagne que dans la plaine, lorsqu’il est devenu fleuve tranquille et majestueux, tantôt haut, tantôt bas, mais toujours à la surface de l’onde; de même la poésie suit les divers caractères que prend la civilisation des sociétés.
Il y a trente ans, nous étions étiolés par les douceurs d’une longue paix; tout respirait l’opulence, la tranquillité. Le gouvernement vraiment admirable de Joseph II et du comte de Firmian redoublait pour nous les avantages du plus beau climat de l’univers.
Maintenant nous avons été rudement secoués par les horreurs de la guerre ; les jeunes Milanais sont allés chercher la mort sur les bords de la Moskowa ou sous les
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murs de Girone. Les braves qui ont échappé à tant de hasards sont revenus au milieu de nous. La présence de tant de jeunes officiers si braves et si aimables, refoulés dans les sociétés particulières, n’aura-t-elle aucune influence sur les habitudes de notre vie , sur nos goûts littéraires? Nous ne sommes pas ce que nous étions il y a trente ans ; le fait est clair, personne ne peut le nier. On voit l’activité extrême déployée dans le négoce, au barreau; dans les professions utiles, l’activité, le travail, se sont mis en honneur. Mais les changements dans notre manière d’être n’ont pas encore eu le temps d’influer sur la poésie. Les peuples d Italie n’ont pas encore joui de ces longs intervalles de repos pendant lesquels les nations demandent des sensations aux beaux-arts. Ils ont encore trop de curiosité pour la politique. Une chose que l’on ne peut pas nier, c’est que notre caractère est devenu plus marqué, plus fort; il exigera donc des écrivains,' avant de leur accorder de la gloire, qu’ils produisent des ouvrages qui ressemblent davantage au caractère national, et qui, par là, lui donnent des jouissances plus vives. Le public recevra avec froideur les ouvrages de tous les écrivains qui lisent du grec, mais qui n’auront pas su lire cette règle dans l’air que nous respirons.
Lisons nos futures annales dans l’histoire de ce qui arrive depuis trente ans chez les peuples voisins.
.le vais encore traduire Y Edinburgh-Review \ et, je
* N" 54, page 277. « Tout ce qu’il y a dans cette brochure est traduit de l’allemand ou de l'anglais. L’auteur avoue franchement
le répète aux antiromantiques, voilà leur véritable ennemi; tant qu’ils ne l’auront pas terrassé ils n’auront rien fait.
. La poésie anglaise est devenue de nos jours, et depuis la Révolution française, plus enttwusiaste , plus i/rave, plus passionnée. Il a fallu d’autres sujets que pour le siècle spirituel et frivole qui avait précédé. On est revenu à ces héros dont les grands caractères artimèrent les poèmes énergiques des premiers et rudes inventeurs; ou bien il a fallu aller chercher des hommes semblables parmi les sauvages et les barbares. Est-ce parmi les jeunes élégants de Paris que lord Byron aurait trouvé le caractère sombre de son Giaour et le caractère bien plus touchant de son Corsaire?
Il fallait bien avoir recours aux siècles ou aux pays où l'on permettait aux premières classes de la société d’avoir des passions. Chez nos contemporains, ces premières classes sont souvent étiolées. Les classiques grecs et latins n’ont pas offert de ressource dans ce besoin des
qu’il est trop ignorant pour élever la voix en son propre nom, parmi des adversaires aussi redoutables. S’il a osé faire entendre sa voix, c’est seulement comme ayant eu le temps de faire connaissance avec les livres et l’esprit général de la littérature anglaise, pendant il longhissimo timpo délia sua prigione colù. Plusieurs des illustres combattants parmi lesquels il ose se mêler défendent, à son avis, une mauvaise cause; mais il avoue, avec une modestie qui n’est que de la vérité, que tous lui sont infiniment supérieurs et par le talent, et par la science, et par l’art si séduisant d'exposer leurs idées. 11 y a du plaisir à rompre une lance en aussi bonne compagnie. »
Donne plaisanterie! (Note de l’inconnu).
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cœurs. La plupart appartiennent à une époque aussi artificielle et aussi éloignée de la représentation naïve des passions impétueuses que celle dont nous sortons. Il n’y avait guère plus de naturel dans les goûts à la cour d’Auguste qu’à celle de Louis XIV. D’ailleurs, ce n'est pas une littérature arrangée pour une cour qu’il nous faut, mais bien une littérature faite pour un peuple ; et il ne faut pas qu’elle soit arrangée pour un peuple qui offre des sacrifices à Jupiter, mais pour un peuple qui a peur de l'enfer; cette dernière idée a fait la fortune du Dante.
Les poètes qui ont réussi depuis vingt ans en Angleterre, non-seulement ont plus cherché les émotions profondes que ceux du dix-huitième siècle ; mais, pour y atteindre, ils ont traité des sujets qui auraient été dédaigneusement rejetés par l’âge du bel esprit.
11 est difficile que les antiromantiques nous fassent longtemps illusion sur ce que cherche le dix-neuvième siècle. Une soif croissante d’émotions fortes est son vrai caractère : or, on île peut m’émouvoir fortement qu'avec des choses qui s’adressent à moi, Italien du dix-neuvième siècle, et non à un Romain du siècle d’Auguste, ou à un Français de Louis XIV. Où sont, parmi les ouvrages de nos pédants italiens, ceux qui ont sept éditions en deux mois, comme les poèmes romantiques qui paraissent eu ce tftoment à Londres *’?
{ Comparez le succès de l.allah-Roock de M Moore, qui a paru en juin 1817, et dont j’ai sous les veux la onzième édition, au succès du tamillo du très-classique M. Botta !
Voici une différence curieuse: on a revu en Angleterre les aventures qui animèrent la poésie des siècles grossiers ; mais il s’en faut bien que les personnages agissent et parlent, après leur résurrection, exactement comme à l’époque reculée de leur vie réelle et de leur première apparition dans les arts. On ne les produisait pas alors comme des objets singuliers, mais tout simplement comme des exemples de la manière d'être ordinaire.
Dans cette poésie primitive, nous avons plutôt les résultats que la peinture des passions fortes ; nous trouvons plutôt les événements qu’elles produisaient que le détail de leurs anxiétés et de leurs transports.
En lisant les chroniques du moyen âge, nous, les gens sensibles du dix-neuvième siècle, nous supposons ce qui a dû être senti par les héros; nous leur prétous généreusement une sensibilité aussi impossible chez eux que naturelle chez nous.
En faisant renaître les hommes de fer des siècles reculés, les poètes anglais seraient allés contre leur ob et si les passions ne se peignaient, dans leurs vers, que par les vestiges gigantesques d’actions énergiques; c’est la passion elle-même dont nous avons soif. C'est donc trèsprobablement par une peinture exacte et enflammée du cœur humain que le dix-neuvième siècle se distinguera de tout ce qui l’a précédé.
Je sais que celte théorie paraît obscure à la partie la plus âgée du théâtre italien. Je le. crois bien, le public ' sait par cœur Virgile, Racine, Alfieri, et à peine s’il coninit de nom les Richard 111, les Othello, les Hamlet,
QU’EST-CE QUE LE ROMANTICISME? 253 les Walstein, les Conjuration de Fiesque, les Philippe II de Shakspeare et de Schiller. Les aveugles adversaires de la poésie romantique profitent, avec un orgueil assez sot, de cet avantage momentané. Il fait bon de plaider devant des juges qui ne peuvent encore entendre qu’une des parties. Mais l'impulsion est donnée, la vérité les emportera, et nous verrons naître la tragédie italienne.
Ce beau jour, nous proscrirons également, je le répète, de nos théâtres régénérés, la tragédie de Racine et la tragédie de Shakspeare. Ce jour-là nous reconnaîtrons qu’Alfieri est sublime, mais qu’au lieu de lire dans le cœur de sa nation, il a trop imité les Français, que, pourtant, il se vantait tant de haïr. Ce jonr-là nous verrons que nous parviendrons enfin à peindre les dmes italiennes en étudiant profondément le moyen âge, qui a tant d’influence sur nous, et dont nous ne sommes qu’une continuation, et en exploitant le moyen âge à la manière de Shakspeare et de Schiller.
Je le répète : la poésie romantique est celle de Shakspeare, de Schiller et de lord Byron. Le combat à mort est entre le système tragique de Racine et celui de Shakspeare. Les deux armées ennemies sont les littérateurs français, conduits par M. Dussault et Y Edimburgh-Rewiew. Au lieu de nous mettre si modestement à la queue des Français à cause d’Alfieri, nous ferions mieux d’être du parti du Dante, et je crois le Dante un bien plus grand homme qu'Alfieri.
Si quelque jeune homme, ne sachant pasie grec, veut être impartial dans la dispute, je l’invite à aller lire à -, 15
Brera*, en français, les tragédies suivantes de Shakspeare • Othello, la Tempête, le Don roi Lear, Hamlet, Macbeth, Richard III, Cymbeline, la première partie de Henri IV, à cause du caractère si original de Falstaff, et, enfin, Roméo et Juliette, tragédie où ce divin Shakspeare a su peindre des cœurs italiens. Comparez Roméo aux amants d’Alfieri, et, si je ne me trompe, vous verrez qu’il l’emporte sur eux. Roméo sait parler le langage de l’amour italien.
On peut lire de Schiller : la Conjuration de Fiesque, Philippe II, qu'il est curieux de comparer à celui d’Alfieri, les Voleurs, l'Amour et l'Intrigue, Marie Stuart, les trois parties de Walstein, Jeanne dé Arc, Guillaume Tell.
Après s’être donné la peine de faire ces lectures, et seulement alors, on pourra prononcer en connaissance de cause.
Le rédacteur du présent écrit, fidèle au principe romantique, ne combat sous les étendards de personne ; il dit franchement sa propre pensée* sans s’inquiéter si elle' blesse ou si elle ne blesse pas. Au reste, parmi des gens bien nés discutant une question littéraire, il est utile aux .lettres qu’il y ait des adversaires très-animés, il est impossible qu'il y ait des ennemis. 11 suffit de ne jamais rien dire de personnel; l’homme qui se fâcherait prouverait qu’il a tort.
4 Bibliothèque de Milan.
QU’ EST-CE QUF: LE ROMANTICISME?
A quoi bon toutes ces disputes? disent les gens de sang-froid, mais peu instruits.
Tout le monde connaît Giotto, l’ancien peintre de Florence; ses ouvrages sont désagréables à voir. Si Giotto naissait aujourd’hui dans la patrie des Appiani et des Bossi, qui doute qu’il n’enfantàt des chefs-d’œuvre comparables à ceux de Raphaël?
Si l’expérience démontrait qu’après des tempêtes réitérées qui, à diverses époques, ont changé en désert la face d’un vaste terrain, il est une partie dans laquelle est toujours revenue fraîche et vigoureuse une végétation spontanée, tandis que les autres sont demeurées stériles, malgré toutes les peines du cultivateur, il faudrait avouer que ce sol est privilégié de la nature.
Les nations les plus célèbres ont une époque brillante, l’Italie en a quatre.
La Grèce vante l’âge de Périclès, la France le siècle de Louis XIV. L’Italie a la gloire de l'antique Étrarie, qui, avant la Grèce, cultiva les arts et la sagesse; l’Age d’Auguste, l’époque du fougueux Hildebrand, qui,jtonsun seul soldat, sut asservir l'Europe, alors toute militaire, et enfin le siècle de Léon X, qui en a civilisé toutes les parties, même l’Angleterre, si éloignée de nous.
L’Italie peut donc, non pas en vertu de vaines théories, mais en vertu de l'expérience, espérer que, dans toutes les
routes où il a clé donné à l’homme de recueillir de la
gloire, elle sera toujours l une des premières.
Nous avons pensé que le fondement de toute gloire durable est la vérité, et quoique le ciel ait été pour nous avare de talent, nous avons pensé qye in causa veritatis omnis homo miles.
Sur notre moyeu âge, je dirai avec le célèbre Elphinstone, voyageur anglais :
« La niaiserie littéraire est un des symptômes d’un certain état de civilisation.
« Chez les nations qui jouissent de la liberté civile, tous les individus sont gênés par les lois, au moins jusqu’au point où celte gène est nécessaire au maintien des droits de tous.
« Sous le despotisme, les hommes sont inégalement et imparfaitement protégés contre la violence, et soumis à l injuslice du tyran et de ses agents.
« Dans l’état d’indépendance, les individus ne sont ni gênés ni protégés par les lois, mais le caractère de l’homme prend un libre essor et développe toute son énergie. Le courage et le talent naissent de toutes parts, car l’un et l'autre se trouvent nécessaires à l’existence.
« Mieux vaut un sauvage à grandes qualités qui commet des crimes, qu’un esclave incapable de toute vertu. #
Nous pensons que c’est acheter un peu cher les beauxarts, que de ne les obtenir qu’en même temps que des crimes Ce qu’il y a de certain, c’est que l’Italie, en se civilisant vers l’an 1550, ou du moins en perdant les crimes qui nous font frémir dans l’histoire du moyen âge,
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perdit le feu qui créait les grands hommes. L’Italie aurait gagné pour sa gloire en étant engloutie dans la mer le 22 octobre 1550, jour où la liberté expira à Florence.
L’imagination peut s'amuser à suivre un instant le roman de la gloire. Où ne fût pas montée l’Italie, si l’invention de l’imprimerie eût précédé de deux cents ans le siècle de Pétrarque et la découverte des manuscrits? Alors l'Italie, dans toute la sève de la jeunesse, n’eût pas été empoisonnée par les pédants grecs, chassés de Constantinople ; nous serions riches de mille chefs-d’œuvre moulés sur notre caractère, bien véritablement faits pour nous, et non pas pour les Grecs ou pour les Français, et au lieu de recevoir des modèles de l’Angleterre, c’est nous qui aurions porté dans le Nord le culte de la vérité poétique du romanticisme.
(Cette idée me paraît belle. Il nie semble qu’il faudrait la développer. Le Tasse, au lieu d'imiter Homère, aurait imité des Dantes, qui, eux mêmes, n’eussent pas imité Virgile.)