I.ord Bute et sa famille, 64,891 liv. sterl ; p. G
. .ord Westmoreland, 50,650 liv. sterl.; p. 21.
Lord Walerlbrd, 53,205 liv. sterl.; p. 23.
LORD BYRON EN ITALIE
tocratie exècre lord Byron, et je dois montrer comment ses opinions ne peuvent prétendre ni au désintéressement ni à l’impartialité. Tout se tient dans l’établissement anglais : si l'Église enseigne au peuple à vénérer l’aristocratie, en revanche les aristocrates protègent les prétentions ecclésiastiques. Un homme riche vous avouera en téte-à-têfe qu’il pense sur les vérités de l'Église exactement comme Hume ; un quart d’heure après, si dix personnes sont rassemblées autour de lui, il flétrira des noms les plus méprisants les infâmes qui osent avouer des doutes sur les mwacles ou sur la mission divine de Jésus-Christ. L’hypocrisie fait des progrès si rapides depuis que l’armée de terre est devenue à la mode et le commerce ridicule, que chaque jour on apprend la conversion de quelque philosophe qui dans sa jeunesse osa plaisanter sur l’égoïsme, la gourmandise ou la servilité sans homes des prêtres anglais.
De l’union intime des pairs et des prêtres est né ce tyran farouche et cruel, parce qu’il a peur, de ce qu’à Londres on appelle l 'opinion publique. Cette manière devoir adoptée par la haute société tyrannise l’Angleterre plus que les soldats de M. de Metternich ne tyrannisent l’ Italie. A tout prendre, je croirais qu’il y a plus de liberté en Italie. Sur les trente ou quarante petites actions qui ont composé hier votre journée et la mienne, deux ou trois en Italie auraient été rendues impossibles par les sbires de l’Autriche; toutes sans exception eussent été gênées en Angleterre. Chose incroyable et triste! dans ce pays, autrefois si singulier, il n’y a plus d’originaux.
L’opinion de la haute société anglaise, étant fille de l’intérêt, ne peut être corrigée par la raison.
Étrange fatalité des choses humaines! La liberté, ce premier besoin de l'homme, serait-elle donc impossible sur la terre? Dans les pays qui gémissent sous la police des petits despotismes de Turin, de Modène ou de Cassel, on soupire après la liberté de New-York, et à New-York l’homme est moins libre de ses actions qu’à Venise ou à Rome. La presse dégagée de censeurs préalables donne la liberté politique; mais dès que, pour plaire à une société collet monté, elle se met à imprimer le lendemain toutes vos démarches de la veille, elle enlève toute liberté aux cent petites actions qui, bien ou mal, remplissent la journée de chacun. Le Paris de 1850 serait-il, dans le fait, la ville la plus libre de l'univers’
L’opinion de la haute société anglaise (high lift ■), depuis longtemps irritée du franc parler de lord Byron, éclata contre lui un an après son mariage, quand sa femme le quitta. Il en fut au désespoir, car il parlait philosophie comme Cicéron, mais il n’était nullement philosophe; et tant mieux, il n’eût pas été grand poète. Lord Byron était l’unique objet de sa propre attention. Par l’effet de cette mauvaise habitude (c’est la lèpre de la civilisation) il s'exagérait ses malheurs, comme ce J. -J. Rousseau auquel il était si en colère d’être comparé.
Profondément malheureux du déluge de caricatures, de satires, de pamphlets, d’injures de toute espèce qui furent à son égard les exécuteurs de l'arrêt terrible porté contre lui par la haute société de son pays, Byron se con-
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sola par une idée : il espéra être justifié après sa mort, il écrivit ses mémoires et les confia à un ami, qui les a jetés au feu. Pour plaire à qui? Et à quel prix?
Après une telle action (dont heureusement celte France si immorale n’offre aucun exemple), cet ami ose reprocher à lord Byron quelques petites légèretés de jeunesse. Le poêle les exagérait, car, ainsique le duc d’Orléans régent, il était fanfaron pour le tout petit nombre de vices que la nature, ou plutôt l’éducation de Cambridge lui avait donnés.
En 1817, monsignor Ludovic de Brèbe, ancien premier aumônier du roi d'Italie Napoléon, réunissait à Milan, dans sa loge au théâtre de la Scala, une société de douze ou quinze jeunes gens. Suivant l’usage italien trop peu suivi en France, ces amis se rencontraient tous les soirs. Comment être affecté envers un être que l’on voit trois cents fois par an? L 'affectation, ce grand réfrigérant des salons français, est tout à fait chassée par l’arrangement de la société milanaise.
En 1830, les amis de monsignor Ludovic de Brême sont presque tous morts, ou condamnés à mort; je puis assurer n’avoir jamais rencontré de gens plus honnêtes et moins conspirateurs.
Un soir nous vîmes eutrer dans la loge, à la Scala, un jeune homme assez petit et qui avait des yeux sujierbes; comme il s’avançait vers l’extrémité de la loge qui donne sur la salle, nous remarquâmes qu’il boitait un peu. Monsignor de Brême nous dit : Messieurs, lord Byron! et ensuite il nous nomma à Sa Seigneurie; tout cela fut fait avec
la gravité qu’aurait pu y mettre le grand-père de monsignor de Brême, qui fut ambassadeur du duc de Savoie auprès de Louis XIV.
Comme nous avions déjà quelque expérience du caractère anglais, qui fuit qui le recherche, nous nous gardâmes bien de parler à lord Byrou et même de le regarder. Un fort bel homme qui avait l’air militaire se trouvait dans la loge. Lord Byron sembla se départir un peu en sa faveur de sa froideur britannique.
Par la suite nous crûmes deviner que lord Byron était à la fois enthousiaste et jaloux de Napoléon Bonaparte. 11 disait : Nous sommes les seuls, lui et moi, qui signions N. B. (Noël Byron). Le jour que lord Byron vint dans la loge de monsignor de Brême, on lui avait dit qu’il y rencontrerait quelqu’un qui avait fait la campagne de Moscou. En 1816, cet événement avait encore le charme de la nouveauté ; on n'avait imprimé aucun des romans qui l’ont gâté pour nous. Lord Byron prit celui de nos amis qui avait des moustaches pour le fugitif de Moscou.
Le lendemain lord Byron était détrompé; il me fit l’honneur de me parler delà Russie. J’adorais Napoléon; je lui répondis comme à un membre de cette Chambre législative qui venait de jeter ce grand homme au bourreau de Sainte-Hélène. La clarté dn récit oblige l’écrivain à se mettre en scène; assurément ce n’est pas orgueil, mais modestie, de ramener l’atten:ion sur soi dans la même page où l’on vient de nommer lord Byron. J'avais passé la nuit à lire le Corsaire, j#* m'étais bien promis cepen-
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dant de ne pas m’écarter de la froideur que je devais au collègue de lord Bathurst.
Ma fidélité à tenir le serment d’être glacial explique les bontés marquées qu’au bout de peu de jours lord Bvron eut pour moi. Un soir cependant il me parla sans ù propos de l'immoralité du caractère français. Je répliquai ferme, je parlai des pontons où l’on torturait les prisonniers de guerre français; des morts des empereurs de Russie qui arrivent toujours si à propos pour l'intérêt de l’Angleterre, de la machine infernale, etc., etc. On crut dans la loge qu’après cette discussion fort polie et même respectueuse de ma part, mais au fond très-dure, lord Byron ne m’adresserait plus la parole. Le lendemain il me prit sous le bras, et nous nous promenâmes pendant une heure dans les immenses et solitaires foyers du théâtre de la Scala. Je fus charmé de cette bonté, je me trom ; pais. Lord Byron avait envie de faire à un témoin oculaire cent questions sur la campagne de Russie ; il voulait parvenir à la vérité, en cherchant à m’embarrasser; dans le fait je subis une cross examination. Mais je ne m’en. aperçus pas; la nuit suivante j’étais fou de plaisir en relisant Childe Harold. J’aimais lord Byron.
11 n’avait point réussi auprès des douze ou quinze Italiens qui se réunissaient tous les soirs dans la loge de monsignor de Brême. Il faut avouer qu’un jour il nous fit entendre qu’il devait l’emporter dans je ne sais quelle discussion, parce qu’il était pair et grand seigneur. Cette impertinence ne passa point. Monsignor de Brême rappela l’anecdote si connue de M. le général de Castries.
qui, choqué de la considération avec laquelle on écoutait d'Alerabcrt, s’écrie : Cela veut raisonner, et cria n'a pas mille écus de rente!
Mes amis italiens trouvaient lord Byron hautain, bizarre et même un peu fou.
11 fut bien ridicule un soir, en se défendant avec colère de ressembler en aucune manière à J. -J. Rousseau, auquel un journal venait de le comparer. Sa grande raison, celle qu'il se garda bien de dire et qui le mettait en fureur, c'est que J. -J. Rousseau avait été domestique. De plus, c’était le fils d’un horloger. Nous rîmes de bon cœur quand, la discussion terminée, il demanda à M. de Brême, qui appartenait à la première noblesse de Turin, des détails sur la famille de Govon, dans laquelle Jean- Jacques avait été domestique (voir les Confessions).
L’âme de lord Byron ressemblait beaucoup à celle de J. -J. Rousseau, en ce sens qu'il était toujours constamment occupé de soi et de l'effet qu'il produisait sur les autres. C’est le poète le moins dramatique qui ait jamais existé; il ne pouvait se transformer en un autre. De là sa haine marquée pour Shakspeare; je crois de plus qu’il le méprisait pour avoir pu se transformer en Shylock, vil juif de Venise, ou en Jean Cade, méprisable démagogue.}
Une des horreurs de lord Byron était de grossir. C’était là son idée fixe.
M. Polidori, jeune médecin, qui voyageait avec lui, nous apprit que la mère de lord Byron était petite et fort replète. En disséquant le caractère de lord Byron