MONTESQUIEU
Le style de Montesquieu est le plus saillant de tous, celui qui réveille le plus. 11 est le plus comique, le plus rapide, celui qui imprime le plus fortement la pensée dans Fesprit du lecteur.
11 est le plus concis des écrivains que nous connaissons. Quel est celui d’entre eux dont sept lignes pourraient produire quatre pages très-raisonnables d’amplifications?
ÔOi ŒUVRES DE STENDHAL.
(Voyez le premier alinéa du chapitre xv du livre XIII, abus de la liberté jusqu’à a la servitude qui refuse tout.)
Ce style n’est pas propre à attendrir ; nous croyons que l’attendrissement a besoin d’être amené, préparé ; que le rire, au contraire, naît de la surprise. 11 y a toujours une nuance de crainte dans la surprise. L’homme surpris songe à soi, à son intérêt, disposition excellente pour le comique, qui est une comparaison de soi à un autre, et disposition très-contraire à l'attendrissement, qui ne paraît qu’au sein de la profonde sécurité. Ainsi, une phrase courte, qui ne renferme qu’une pensée bien nette, ne peut attendrir.
Le style de Montesquieu paraît être une imitation de celui de la Bruyère; mais l’imitate.ur ayant plus de génie que l’imité, le style de Montesquieu est plus grandiose. II est impossible de faire une amplification raisonnable sur sept lignes de la Bruyère.
La Bruyère nous semble un homme qui s’indignerait, s’il ne se retenait. Il ne fait pas une satire amère, mais il ne rit pas non plus. Montesquieu est plus animé; les Lettres persanes ressemblent davantage à une comédie que les Caractères.
Rien n’est comparable aux Lettres persanes, pour le nombre des idées, la rapidité, la concision du style et le comique qu’on peut produire par la narration. Il n’y a jamais rien d’odieux et il appelle souvent la volupté. (Nous sommes confirmés dans ces idées par trois ou quatre lettres, que nous avons lues mille fois et que nous venons de relire, avec accompagnement de rire).
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DU STYLE
La raison qui fait que les moines aiment leur ordre, et beaucoup de choses relatives aux principes des gouvernements, sont dites en forme d’énigmes ; ce qui augmente le piquant et diminue le grandiose. C’est ce que Fénelon
ne se permet jamais *.
La volupté dans Montesquieu est plus franche que dans Voltaire. Chez celui-ci elle a plus l’air de la cour. Chez Montesquieu, c’est un sultan ivre de tempérament, entouré de belles esclaves nues. Dans les contes en vers de Voltaire, on trouve un ton tendre, mais pas de naturel. Sa manière de décrire les plaisirs fait sentir que ce sont ceux d’un homme malheureux. C’est le genre de Fleury (l'acteur du Théâtre-Français). Nous remarquons, en passant, que la gaieté d’un homme malheureux est toujours de bon ton. Comme il excelle à critiquer, il ne se permet rien qui ne soit avoué par le bon ton, et il n’est emporté par aucune chaleur naturelle.