V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
Au lieu de pique ayant la longue épine noire, Ugo, qui fit noyer ses sœurs dans leur baignoire...
L'exarque Sapaudus que le Saint-Siège envoie, Senèque, marquis d'Ast, Bos, comte de Savoie, Le tyran de Massa, le sombre Albert Gibo Que le marbre aujourd'hui fait blanc sur son tombeau, Ranuce, caporal de la ville d'Anduze, Foulque, ayant pour cimier la tête de Méduse, Marc, ayant pour devise : IMPERIUM FIT JUS, Entourent Afranus, évêque de Fréjus.
Le dénombrement de l'armée de Xerxès, dans la seconde partie de la Légende des siècles, renchérit sur le début de Ratbert et ressemble à une parodie de Victor Hugo par lui-même, tant les rimes rares et les noms étranges y font un plaisant charivari! L'effet comique, à la longue, est irrésistible, et l'on ne peut achever, sans être pris de fou rire, cette interminable litanie, où défilent :
Hermamythre, Masange, Acris, Arfaphernas... Les Saces, les Micois, les Parthes, les Dadyces, Les Lygiens, pour bain cherchant les immondices... Artée et Sydamnès, rois du pays des fièvres. Et les noirs Caspiens, vêtus de peaux de chèvres... Les Sardes, conquérants de Sardaigne et de Corse Les Mosques tatoués sous leur bonnet d'écorce, Les Gètcs, et, hideux, pressant leurs rangs épaiài
Les Bactriens, conduits par le mage Hystapès ;
Les Tybarènes, fils de races disparues,
Ayant des boucliers couverts de peaux de grues, etc.
et où se trouve, entre autres curiosités d'érudition, ce renseignement historique :
Le royal char dV.bène Avait, sur son timon de structure thébaine, Pour cocher un seigneur nommé Patyramphtis*.
Après tout, puisque nous avons ri, de quoi pourrions-nous donc nous plaindre ou nous fâcher ? Il plaît à l'auteur de Napoléon II et de la Tristesfie d'Olympia d'écrire le Pas d'armes du
i. Le poème d'Alaric par Scudéry contient un dénombreniemt du même genre, aussi haut monté en couleur locale. C'est M. Julien Duchesne qui nous l'apprend dans sa thèse sur les Poèmes épiques français du dix-srplieme siècle (1870). « Il y a, écrit-il, de la vérité dans le dénombrement de l'armée d'Alaric : on regarde avec surprise défder ces archers sauvages au front ombragé de plumes de vautours; ces Danois aux blonds cheveux, aux yeux verts et ardents; ces chasseurs de Livonie et des mers glacées qui, sortant du climat aux longues nuits, s'avancent avec la fronde et l'épieu; ceux des îles Alaades :
Ils portent pour pavois des écailles st grandes Que, lorsqu'il faut camper, le soldat qui s'en sert En fait comme une hutte et s'y met à couvert. »
La citation, très bien choisie, m'a donné la curiosité de lire ces pages, contenues au livre II du poème; mais je préviens les amateurs qui seraient tentés du même désir, qu'ils y trouveront bien du prosaïsme et du poncif mêlés aux traits pittoresques.