V. HUGO ET LA. POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE. 3 H
demande M. Guyau, de voir le romantisme finir par trouver que Racine s'est trop donné les coudées franches? « La liberté du rythme était très insuffisante chez les classiques ; celle de la rime est très insuffisante chez les romantiques. »
C'est donc la rime qu'il faut affranchir ou, pour parler avec plus de propriété et plus de mesure à la fois, c'est d'une dévotion superstitieuse au culte de la rime qu'il convient aujourd'hui d'affranchir les poètes.
Et qu'on n'aille pas se figurer qu'en les délivrant de ce que ce joug a de trop lourd, on leur facilitera la tâche. Tout au contraire. Certaines entraves sont des lisières, et la multiplicité des règles poétiques est merveilleusement secourable aux imaginations stériles. Lorsqu'à la fin du moyen âge la poésie française s'est trouvée épuisée, elle s'est mise volontairement à la gèn( dans un véritable carcan d'ingénieuses difficultés, et jamais les jeux frivoles de la rime n'ont été plus en honneur qu'à cette époque. Tout présent fait à la liberté met l'homme en demeure de s'en rendre digne, et par conséquent ne peut être agréable à ceux que cette responsabilité effraie.
Moins de rimes demande d'autant plus de pensée, d'imagination, de poésie. Il ne s'agit pas d'imiter paresseusement, après la grande sonnerie de Victor Hugo, la clochette parfois un peu fêlée d'Alfred de Musset ou de La Fontaine : il s'agit de faire, avec cette sûreté et cette promptitude d'instinct qui distingue le maître poète du versificateur, un choix toujours intelligent et toujours difficile entre la rime riche, la rime simplement suffisante, et quelquefois môme peut-être, dans de très rares exceptions, la rime efTaccc, presque éteinte, afin que chaque vers fasse entendre sa note juste dans le concert poétique des sons et des idées, au lieu do lancer à tout coup, et souvent aux dépens du sens, sa fanfare uniformément sonore.
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