Les Contemplations, livre III, xxvii
vague de l'âme et qui est devenue, en s'aggravant, désespérance et haine de la vie, il y en a peu, à coup sûr, et seulement ce qu'il faut pour qu'il ne soit pas dit qu'aucune affection morale de l'époque troublée où nous nous agitons a pu faire totalement défaut au poète qui en est l'organe par excellence.
Le doute, la mélancolie, et tous les mauvais vents du siècle ont pu l'effleurer en passant ; mais les habitudes fondamentales de son esprit demeurent l'espérance, la joie, la force, la confiance en l'avenir, au progrès, à la justice finale, à l'ordre du monde, au bonheur du ciel remplissant un jour toute la terre, et pour tout dire d'un seul mot, la foi en Dieu. Victor Hugo croit aux vérités essentielles du spiritualisme, moins par un laborieux effort de sa pensée que par l'effet d'une santé naturelle de l'âme et de l'intelligence, et le grand nom de Celui qu'adoraient Bossuet et Racine resplendit à toutes les pages de ses œuvres. Sur ce point seulement il n'a pas fait école. Son optimisme religieux est unique, et rien ne contribuait davantage, durant les vingt dernières années de sa vie, à l'isoler dans une sorte de majestueux recul, comme un ancêtre et comme un classique vénérable, au milieu