V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
d'une génération nourrie par Darwin et grisée par Schopenhauer.
Victor Hugo avait gardé l'antique foi de nos pères, persuadés avec Bacon, dans leur manière simple et haute de penser, que « nier Dieu, c'est détruire la noblesse du genre humain ». La noblesse foncière des sentiments : voilà ce qui donne l'unité que nous demandions à cette vie, à cette poésie de près d'un siècle, trop vibrante du contre-coup de toutes les révolutions politiques auxquelles elle s'est trouvée mêlée pour que la critique lui ait épargné le banal reproche d'inconsistance dans les idées. Accusation non seulement injuste, mais stupide, car c'est le droit et le privilège de tout être qui pense de changer d'avis; l'immutabilité n'est ici-bas l'attribut que de la brute et de la borne, et ce qui est un droit devient un mérite et un honneur quand chaque conversion est un progrès. Or la pensée de Victor Hugo n'a cessé de suivre le courant qui entraîne le siècle vers l'achèvement de la révolution française, et s'il est permis de trouver qu'il est allé un peu vite et un peu loin dans cette voie, au moins n'a-t-il jamais rétrogradé.
Quoi! parce que ma mère, en Vendéo, autrefois Sauva dans un scui jour la vie à douze prêtres; Parce qu'enfant sorti de l'ombr? des ancêtres, Ja n'ai su tout dabord que ce qu'ils m'ont appris, Qu'oiseau dans le passé comme en un filet pris, . Avant de m'échapper à travers le bocnge,
J'ai dû laisser pousser mes plumes dansmacage,
Parce que j'ai pleuré, — j'en plnura encor, qui sait ? —
Sur ce pauvre petit nommé Louis Dix-Sept,
Parce qu'adolescent, âme à faux jour guidée,
J'ai trop peu vu la France et trop vu la Vendée ,
Parce que j'ai loué l'héroïsme breton.
Chouan et non Marceau, Stofflet et non Danton,
Qu-^ les grands paysans m'ont caché les grands hommes,
Et (]uc j'ai fort mal lu, d'abord, l'ère où nous sommes .
Parce que j'ai vagi des chants de royauté,
Suis-je toujours rivé dans l'imbécillité?
Dois-ji crier : « Arrière! » à mon siècle; à l'idée :
« Non! » à la vérité : <r Va-t'en, dévergondée! »
L'arbre doit-il pour moi n'être qu'un goupillon?
Au sein de la nature, immense lourliillon,
Dois-je vivre, portant l'ignorance en écharpe.
Cloîtré dans Loriquet et muré dans Laharpe?
Dois-je exister sans être et regarder sans voir?
Et faut-il qu'à jamais pour moi, quand vient le soir,
Au lieu de s'étoiler le ciel se fleurdelisé?
C'est en ces termes que l'auteur des Contemplations répondait en 1846 à un marquis, vieil ami de sa famille, qui lui avait écrit pour lui reprocher, avec une sévérité paternelle, ce qu'on appelait alors son apostasie. La lettre du marquis