‹ Racine et Victor HugoChapitre 113 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX SIÈCLE

était en retard; il aurait pu l'écrire au moins seize ans plus tût, avant que l'ancien poète vendéen eût atteint sa trentième année.

Je hais l'oppression d'une haine profonde .. Je suis fils de ce siècle! une erreur, chaque année, S'en va de mon esprit, d'elle-même étonnée Et, détrompé de tout, mon culte n'est resté Qu'à vous, sainte patrie et sainte liberté i

Ainsi parlait déjàlejeunehommedans l'épilogue des Feuilles dCantomne. et le lendemain des journées de juillet 1830, il s'écriait dans un transport d'enthousiasme :

Oh ! l'avenir est magnifique 1 Jeunes Français, jeunes amis, Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux affermis Chaque jour aura sa conquête.

Depuis la base jusqu'au faîte.

Nous verrons avec majesté.

Comme une rner sur ses rivages, Monter d'étages en étages L'irrésistible liberté!

Cotte foi vaillante et robuste n'a jamais abandonné Victor Hugo, même à travers la sombre nuit de l'épreuve; la dernière pièce des Châtiments^ qui a pour titre Tâix^ est un hymne d'es-

pérance, le plus sublime peut-être qu'il y ait dans toute la poésie lyrique.

Tl faut, avec ce prophète inspiré, que la lul mière chasse l'ombre, que la haine se fonde en l amour, que la tristesse éclate en chants de \ triomphe et de joie. Cette antithèse généreuse, ' dont les deux termes ne sont pas égaux, puisque à la fin le bien l'emporte sur le mal, est la loi de sa poésie tout entière et lui communique une incomparable noblesse. De quelle hauteur tomberaient aussitôt ses magnifiques satires, si l'on ne sentait plus palpiter sous la vengeance et la colère un cœur rempli de charité, si derrière les malédictions du justicier terrible qui se compare lui-même à un belluaire entrant le fouet à la main dans l'antre de la bête fauve pour l'écraser du pied', on n'apercevait pas le boa

0 Dieu vivant, mon Dieu ! prétez-moi votre force. Et, moi qui ne suis rien, j'entrerai chez ce Corse

Et chez cet inhumain ; Secouant mon vers sombre et plein de votre flamme. J'entrerai là, Seigneur, la justice dans l'âme

Et le fouet à la main ;

Et, retroussant ma manche ainsi qu'un belluaire, Seul, terrible, des morts agitant le suaire

Dans ma sainte fureur, Pareil aux noirs vengeurs devant qui l'on se sauve. J'écraserai du pied l'antre et la bête fauve,

L'empire et l'empereur !

{Châtiments, II, 7.)

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