‹ Racine et Victor HugoChapitre 14 sur 118 · AU XIX' SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XIX' SIÈCLE

L'année 1885 a vu disparaître l'homme qui fut tout au moins le plus grand poète français du XIX* siècle.

Six jours après sa mort, le 27 mai. encore tout ému de l'écroulement de cette grande existence et du concours magnifique de tant d'hommes accourus de toutes les parties du monde civilisé pour changer ses funérailles en apothéose, je disais à quelques jeunes gens/ assez étonnés de mes hyperboles (car la génération qui s'élève est plus froide que son aînée) :

a A l'étranger comme en France, la personne de Victor Hugo occupait non pas seulement

une place de premier rang, mais la place la plus haute et la plus brillante. Et c'est pourquoi, quelques honneurs que l'on rende aujourd'hui à sa dépouille et à sa mémoire, qu'on ne nous parle point de mesure à garder ! Demain fera toutes les réserves qu'il voudra; aujourd'hui appartient sans la moindre restriction à l'enthousiasme et au culte. Quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, dans un tel cortège de la France et du monde menant au tombeau son plus grand homme, aucune exagération n'est possible. »

Le temps, si rapide de nos jours, serait-il déjà venu de juger l'œuvre de l'illustre mort du mois de mai , sans exagération , sans passion et comme on juge les monuments d'un autre âge?

Une des preuves les plus éclatantes de la grande action exercée par Victor Hugo sur son siècle, c'est qu'à partir du moment où il est devenu le chef d'une école, d'une armée littéraire, l'apôtre et le modérateur d'une révolution de la poésie cl de la langue, ii n'a plus été possible de parler de lui froidement. Les plus violentes hyperboles dans les deux sens se sont croisées avec fureur sur son nom changé en retentissant cri de guerre. Il fut de ceux qui, selon l'exprès-

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