‹ Racine et Victor HugoChapitre 15 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE

sion de l'Evangile, « sont venus apporter au monde non la paix, mais l'épée ». Jamais poète n'a été, de son vivant, plus exalté et plus conspué. Et les injures n'étaient pas moins agréables que les louanges à son orgueil superbement confiant dans l'avenir. Il a écrit ces fières paroles dans la préface de Paris-Guide :

L'artiste et le poète ne souhaitent pas trop n'être point contestés. Être discuté, c'est traverser l'épreuve. Epuiser de son vivant la contradiction est utile. Le rabais qui n'aura pas été essayé sur vous votre vie durant, vous le subirez plus tard. A la mort, les incontestés décroissent et les contestés grandissent. La postérité veut toujours retravailler à une gloire.

Non seulement on s'est querellé avec emportement au sujet de Victor Hugo entre admirateurs à outrance et adversaires de parti pris, mais on a vu les mêmes hommes, les mêmes critiques, lorsqu'ils exprimaient sur ce poète extraordinaire un jugement sincère et naïf, se contredire et passer presque immédiatement d'un sentiment extrême au sentiment tout opposé. Ces contradictions ont toujours fait le scandale des esprits pondérés et froids ; elles n'en sont pas moins naturelles et pas moins

légitimes : elles ont leur raison d'être, d'une part dans une heureuse vivacité du sens littéraire, quand il est reste pur, d'autre part dans la nature même de l'œuvre et du génie d'un poète chez lequel la médiocrité n'a point de place, et qui aimait mille fois mieux faire violence au goût qu'être trouvé fade et insignifiant.

Mais les jugements passionnés ne sont tout à fait de saison que du vivant de l'homme qui les provoque. Sa présence, son activité excitent la critique, qui espère le piquer au vif et l'avertir utilement, en faisant parvenir jusqu'à lui le cri de souffrance d'une admiration blessée. Aujourd'hui, depuis plus de huit mois • (longue période par le temps qui court), depuis plus de huit mois que Victor Hugo est mort, rassasié de jours, ayant achevé son œuvre, vainqueur de tous ses ennemis, comblé enfin d'une gloire véritablement plus qu'humaine et qui était comme l'acclamation unanime du monde civilisé le disant immortel, le faisant dieu, il est devenu désirable et il commence sans doute à être possible de mesurer ce qu'il fit et ce qu'il fut avec plus de calme et de précision.

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