‹ Racine et Victor HugoChapitre 16 sur 118 · COUP D OEIL SUR L OEUVRE DE VICTOR HUGO ; SON ÉTENDUE ET SA VARIÉTÉ · texte numérisé non relu

COUP D OEIL SUR L OEUVRE DE VICTOR HUGO ; SON ÉTENDUE ET SA VARIÉTÉ

Une première constatation, aisée à faire et superficielle sans doute, mais qui a sa portée, c'est que l'œuvre de Victor Hugo est d'une étendue considérable. Quarante-six volumes composent la série des ouvrages qu'il a luimême publiés, et si nous y ajoutons la suite, presque aussi longue à ce qu'on assure, des publications inédites et posthumes, le total de cette production immense a de quoi confondre notre i)e!it( ssc Ce j)uissant écrivain, exemple au moins d'activité et de volonté persévérante, ne s'est point reposé : il n'a cessé, à aucun moment de sa longue carrière, de travailler et de produire. On peut lui appliquer les poétiques images par lesquelles il a peint lui-même la fécondité inépuisable et l'incessante activité de Shakespeare :

lu Racine et victor hugo

Son écritoire fume comme un cratère. Il est toujours en travail, en fonction, en verve, en train, en marche. Il a la plume au poing, la flamme au front, le diable au corps... Shakespeare n'a point de réserve, de retenue, de frontière, de lacune... Nulle caisse d'épargne. Il ne fait pas carême. Il déborde comme la végétation, comme la germination, comme la lumière, comme la flamme.

Victor Hugo n'avait pas assez de mépris, assez de railleries pour un mot du vocabulaire des critiques qui est, en effet, malheureux, et que, pour ma part, j'hésite toujours à employer depuis que je lui en ai entendu faire une exécution impitoyable : c'est le mot sobriété. Un traducteur de V Iliade (je ne sais lequel) loue dans sa préface la sobriété d'Homère. Ce bizarre éloge faisait perdre à Victor Hugo toute patience. « Faut-il donc, s'écriait-il en levant les bras au ciel, qu'Homère tombe entre les mains de pareils... » j'aime mieux ne pas répéter i'épithète. Il s'est moqué de la sobriété et de ceux qui admirent cette équivoque vertu littéraire, dans la page la plus mordante de son William Shakespeare.

« — Il est réservé et discret. Vous êtes tranquille avec lui ; il n'abuse de rien. Il a, par-dessus tout,

Page 1