V. HUGO K r LA POÉSIE FRAiNgAlSE AU XIX- SIÈCLE
une qualité bien rare : il est sobre. » — Qu'est ceci? Une recommandation pour un domestique? Non. C'est un éloge pour un écrivain. Voulez-vous faire Vlliade ? Meitez-Yous à la diète... Point d'exagération. Désormais le rosier sera tenu de compter ses roses. La prairie sera invitée à moins de pâquerettes. Ordre au printemps de se modérer. Les nids tombent dans l'excès. Dites donc, bocages, pas tant de fauvettes, s'il vous plaît. La voie lactée voudra bien numéroter ses étoiles; il y en a beaucoup...
Sortie spirituelle et juste, à condition, comme pour toutes les vérités partielles, que l'on fasse pénétrer dans celle-ci la vérité contraire destinée à la corriger et à la compléter. Or, la vérité non moins juste qu'il convient d'opposer à la brillante boutade du poète, c'est qu'il y a deux sortes de... sobriété? non, j'aime mieux dire deux sortes d'économie.
Si l'économie contrainte du pauvre est chose piteuse et lamentable à voir, l'économie volontaire et intelligente du riche peut n'avoir rien de mesquin ni do sot. Une grande fortune ])ion administrée n'est pas plus ridicule en littérature qu'ailleurs. La profusion, le gaspillage n'accompagnent pas nécessairement l'opulence ; il n'est point défendu, même au millionnaire,
flavoir des g-oûts simples et de faire régner l'ordre dans sa maison. Un objet de prix, discrètement isolé de tout voisinage trop luxueux qui lui ferait tort en l'écrasant, est comme ces mots dont Boileau félicitait Malherbe avec raison d'avoir su faire ressortir toute la valeur en les mettant bien à leur place. L'historien anglais Lord Macaulay nous apprend que, dans les îles à épices, les Hollandais, gens avisés, abattirent une partie des arbres précieux, afin d'augmenter le prix de ceux qu'ils laissaient debout. « La moitié est souvent plus que le tout, » a dit la sagesse antique ; ce paradoxe du vieil Hésiode est, en littérature, un axiome.
Cette réserve faite , je reviens à la volumineuse étendue de l'œuvre de Victor Hugo et je dis que cette prodigalité magnifique , cette fécondité débordante doit être admirée pour elle-même et parce qu'elle est à elle seule un signe de force, de santé, d'allégresse, de génie.
Les écrivains qui ne sont pas puissants, qui ne sont que délicats, font ici la petite bouche et demandent : Que restera-t-il de toute cette écriture? — Que restera-t-il?... cette question est un des trois lieux communs auxquels se réduit la critique courante sur Victor Hugo, la conver-