‹ Racine et Victor HugoChapitre 19 sur 118 · V. HUGO ET LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE

des peintures de la vie humaine, ni celui de Corneille pour la grandeur morale, ni celui de Racine pour la profondeur et la vérité psychologique ; s'il est permis de trouver que la poésie purement lyrique et religieuse a, dans Lamartine, un représentant peut-être plus parfait ; si l'auteur étonnant de Notre-Dame de Paris ne paraît pourtant pas destiné à être l'écrivain que l'avenir placera le premier sur la liste des admirables romanciers du dix-neuvième siècle; si enfin nous avons eu sans nul doute de meilleurs critiques, des penseurs plus originaux et de plus grands orateurs : n'est-ce pas un incomparable titre de gloire d'avoir entrepris tant d'essais divers et de ne s'être montré médiocre dans aucun? Une ambition si vaste excuserait au besoin l'infériorité absolue sur telle ou telle partie, mais nulle part Victor Hugo n'est faible ou banal, et il y a tel genre, comme la satire, l'ode non religieuse, et la narration épique, où pas un de nos plus grands poètes ne peut avoir la prétention de l'égaler.

Non seulement Victor Hugo s'est exercé avec distinction dans les genres les plus divers, mais ses seules poésies proprement dites, abstraction faite de son théâtre et de ses autres œuvres

d'imagination, semblent épuiser toute la série possible des accents et des sentiments humains. Le clavier parcouru par la main puissante de ce virtuose sans pareil est probablement le plus étendu qu'aucun artiste ait jamais embrassé. Mérite rare, éclatant, et qui est, à mes yeux, dans la couronne d'un poète, le diamant royal par excellence. Un disciple distingué de l'école de Victor Hugo, mais qui était singulièrement loin, pour sa part, de la variété et de l'universalité du maître, me semble avoir senti et rendu avec une force particulière d'expression cette supériorité vraiment unique :

« Celui qui n'est pas capable, écrit Baudelaire, de tout peindre, les palais et les masures, les sentiments de tendresse et ceux de cruauté, les affections limitées de la famille et la charité universelle, la grâce du végétal et les miracles de rarchilecture, tout ce qu'il y a de plus doux et tout ce qui existe de plus horrible, le sens intime et la beauté extérieure de chaque religion, la physionomie morale et physique de chaque nation, tout enfin, depuis le visible jusqu'à l'invisible, depuis le ciel jusqu'à l'enfer, celui-là, dis-je, n'est vraiment pas poète dans l'immense étendue du mot et selon le cœur de Dieu. Vous dites de l'un : c'est un poète d'intérieurs ou de famille; de l'autre: c'est un poète de l'amour, et de l'autre:

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