V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE, loi
c'est le poète de la gloire... Avec Victor Hugo, nous n'avons pas à tracer ces distinctions, car c'est un génie sans frontières *. »
C'est ici qu'il faudrait multiplier les citations, produire un spécimen de tous les styles poétiques de Victor Hugo, et ce serait assurément le plus simple et le meilleur moyen de rendre honneur à sa mémoire en même temps que d'instruire et de charmer ceux qui me lisent. Mais un seul chapitre, que dis-je? une longue suite de chapitres n'y suffiraient pas... Je renonce donc à citer à montour tant de fragments célèbres qui ne serviraient qu'à mettre une fois de plus en évidence des quahtés que personne ne conteste chez notre poète : telles que la grandeur, la force et l'éclat de l'imagination; le vivifiant pouvoir d'un sentiment de la nature capable de tout animer dans l'univers, jusqu'aux durs rochers et aux choses inertes; la véhémence de certaines passions généreuses, et, à l'autre extrémité du clavier poétique, la tendre admiration pour les petits, la pitié pour les misérables. Je ne citerai ni l'apostrophe sublime à Napoléon sur l'avenir
i. Notice sur V. Hugo dans la collection des Poète* français de Crépet, tome IV.
quel'ELcrnel se réserve ', ni l'épopée de Waterloo', ni la foudroyante sortie de Charlemagne tonnant dans la montagne avec sa grande voix contre les lâches qui l'abandonnent \ ni ces invectives superbes des Châtiments^ qui ont enrichi, idéalisé, élevé jusqu'à la plus éblouissante poésie le vocabulaire de l'outrage ; je ne transcrirai pas non plus les Pauvres gens^ ni les stances délicieuses sur la consolation qu'apporte dans la plus humble chaumière l'universelle présence de Dieu \ ni la Tristesse d'Olympio méditant sur le contraste ironique des spectacles enchanteurs de la nature avec les blessures du cœur de l'homme, en vers égaux pour la beauté de la forme et supérieurs pour la profondeur de l'émotion au Lac adorable de Lamartine ; ni tant d'effusions lyriques sur les bois, les fleurs, les campagnes, l'amour, sur la « grâce immense » de la mer « mêlée à son immense horreur » ; ni enfin tant de vers ravissants sur l'enfance qui sont dans toutes les mémoires. Je voudrais me borner, sinon à des citations qui soient neuves, au moins à celles qui me sembleront les mieux