‹ Racine et Victor HugoChapitre 24 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIECLE. 16*J · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIECLE. 16*J

Rouvre sa main et recommence, Et je médite, obscur témoin,

Pendan!, que, déployant ses voiles.

L'ombre, où se mêle une rumeur, Semble, élargir jusqu'aux étoiles Le geste auguste du semeur.

Je ne puis résister au plaisir de citer encore, dans le même genre sobre et puissant, les derniers vers de cette pièce de C Année terrible où le poète nous montre un gamin de douze ans pris sur une barricade. On va le fusiller; mais il demande la permission d'aller d'abord rapporter sa montre à sa mère, et l'officier, fort aise de laisser cet enfant s'échapper, la lui accorde. 11 part en courant, et l'on rit de son espièglerie...

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle Brusquement reparu, fier comme Viala, Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

La mort stupide eut hootp et l'officier fît grâct.

La fin de cette admirable pièce nous fait voir, selon Texpression pittoresque de Paul de Saint- Victor, « un bas-relief antique, enchâssé dans un tas de pavés. » C'est un mélange exquis de la grandeur de Corneille avec la grâce d'André Chénier :

t70 IIACINE ET VICTOR HUGO.

La gloire au front te baise, ô toi si jeune encore I Doux ami, dans la Grèce antique, Stésichore T'eût chargé de défendre une porte d'Argos ; Cinégyre t'eût dit : Nous sommes deux égaux : Et tu serais admis au rang des purs éphèbes Par Tyrtée à Messène et par Eschyle à Thèbes. On graverait ton nom sur des disques d'airain, Et tu serais de ceux qui, sous le ciel serein. S'ils passent près du puits ombrage par le saule. Font que la jeune fille ayant sur son épaule L'urne où s'abreuveront les buffles haletants. Pensive, se retourne et regarde longtemps.

Que de fois n'a-t-on pas dit que Victor Hugo ne savait pas être simple, et, par suite, ne savait pas émouvoir, que l'art pour l'art, la recherche du mot et de l'effet, la virtuosité^ toujours sensibles chez lui, faisaient tort à la poésie ingénue et sincère, et que l'esprit cachait le cœur ! Certes, je ne veux point nier que Victor Hugo ne soit le Benvenuto CeUini de la poésie française ' ; mais il en est aussi le Michel-Ange pour la grandeur et la simplicité, le Raphaël pour la sensibilité, la douceur et la grâce. Je n'ai jamais pu lire jusqu'au bout d'une voix ferme la pièce

\. La critique admet assez volontiers aujourd'hui que la facture du vers était susceptible de perfectionnements importants après Victor Hugo, et qu'il a été vaincu en cela par plusieurs de ses disciples; pour nous, comme on le verra plus loin, nous ne reconnaissons point en général cette supériorité technique des écoliers sur le maître.

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