‹ Racine et Victor HugoChapitre 26 sur 118 · V. HUGO ET L V l'OESm FKANÇAISE AU XIX* S1Èi:LE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET L V l'OESm FKANÇAISE AU XIX* S1Èi:LE

Et dans l'ombre, pendant que son bourreau redouble, 11 regarde Quelqu'un de sa prunelle trouble; Et l'on voit lentement s'éteindre, humble et terni, Son œil plein des stupeurs sombres de l'infini, Où luit vaguement l'àme effrayante des choses. Hélas I

De tous les recueils poétiques de Victor Hugo, le plus étonnant par la variété des styles, c'est sans doute les Châtiments.

Ce fait est d'autant plus remarquable que la plupart des pièces de ce recueil ayant été écrites sous l'empire d'une émotion violente qui ne laissait guère de place à l'artifice et au procédé, le naturel du poète s'y découvre avec une franchise particulière. L'auteur des CliâLniicnl^ parle tour à tour le langage de Corneille, de Molière, de Juvénal, de Dante, d'Esaïe, et la tragédie, la coniéùie, la saliie, la prophétie et l'épopée sont traversées de place en place par des parfums d'idylle et de mélodieux soupirs d'élégie qui rappellent Virgile et Tibulle.

Si je ne puis me permettre de citer toute une série d'exemples de tant de styles diveis, je voudrais montrer au moins, dans trois fragments très courts, par quelle gradation, par quels coups d'aile, le poète s'élève du ton familier et plaisant de la comédie, d'abord à la gra-

ni RACINI': El' VICTOR HUGO.

vite, à la fierté d'accents du discours héroïque, puis à la majesté et au lyrisme de ces grands voyants de la Bible que l'Esprit de Dieu inspirait. Un bon bourgeois dans sa maison raisonne et b' exprime comme il suit :

.. C'est le pire gredin qui soit sur cette terre; Mais puisque j'ai voté pour lui, l'on doit se taire. Écrire contre lui, c'est me blâmer, au fond; C'est me dire : voilà comment les braves font; Et c'est une façon, à nous qui restons neutres, De nous faire sentir que nous sommes des pleutres... Or, quand on dit du mal de ce gouvernement, Je me sens chatouillé désagréablement.

Qu'on fouaille avec raison cet homme, c'est possible; Mais c'est m'insinuer à moi, bourgeois paisible Qui fis ce scélérat empereur ou consul, Que j'ai dit oui par peur et vivat par calcul. Je trouve impertinent, parbleu, qu'on me le dise. M'étant enseveli dans cette couardise.

Il me déplaît qu'on soit intrépide aujourd'hui, Et je tiens pour affront le courage d' autrui.

Voilà d'excellente langue française; en voulezvous de grande et de belle?

Fût-on cent millions d'esclaves, je suis libre. Ainsi parle Caton. Sur la Seine ou le Tibre Personne n'est tombé tant qu'un seul est debout. Le vieux sang des aïeux qui s'indigne et qui bout, La vertu, la fierté, la justice, l'histoire, Toute une nation avec toute sa gloire

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