‹ Racine et Victor HugoChapitre 30 sur 118 · V. HUGO El' LA POESIE FRANÇAISE AU XiX- SIÈCLE, l · texte numérisé non relu

V. HUGO El' LA POESIE FRANÇAISE AU XiX- SIÈCLE, l

Ecoutez ! — Gomme un nid qui murmure invisible, Un bruit confus s'approche, et des rires, dei voix, Des pas, sortent du fond vertigineux des bois. Et voici qn'k travers la grande forêt brune Qu'emplit la rêverie immense de la lune, On entend frissonner et vibrer mollement, Communiquant aux bois son doux frémissen)eat La guitare des monts d'Inspruck...

Il s'y mêle la voix d'un homme, et ce frisson Prend un sens et devient une vague chanson t

« Si tu veux, faisons un rêve, Montons sur deux palefrois ; Tu m'emmènes, je t'enlève.

L'oiseau chante dans les bois...

» Un bagage est nécessaire :

Nous emporLerons nos vœux.

Nos bonheurs, notre misère, Et la fleur de tes cheveux.

» Viens, le soir brunit les chênes, Le moineau rit; ce moqueur Entend le doux bruit des chaîa','3 Que tu m'as mises au cœur...

» Viens, sois tendre, je suis ivre.

G les verts taillis mouillés!

Ton souffle te fera suivre Des papillons réveillés.

» L'envieux oiseau nocturne, Triste, ouvrira son œil rond , Les nymphes, penchant leur uruc, Dans les grottes souriront,

» Et diront : i Sommes-nous folles?

» C'est Léandre avec Héro;

» En écoulant leurs paroles

» Nous laissons tomber notre eau. »

» Allons-nous-en par l'Autriche !

Nous aurons l'aube à nos fronts* Je serai grand, et toi riche, Puisque nous nous aimerons.

» Allons-nous-en par la terre, Sur nos deux chevaux charmants, Dans l'azur, dans le mystère.

Dans les éblouissements I

» Nous entrerons à l'auberge, Et nous paîrons l'hôtelier De ton sourire de vierge.

De mon bonjour d'écolier

» Tu seras dame, et moi comte; Viens, mon cœur s'épanouit, Viens, nous conterons ce conte Aux étoiles de la nuit. »

La mélodie encor quelques instants se traîne Sous les arbres bleuis par la lune sereine, Puis tremble, puis expire; et la voix qui chantait S'éteint comme un oiseau se pose ; tout se tait.

Que Victor Hu^ojoit un grand symphoniste, qu'il ait entendu avec une exquise sensibilité

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