‹ Racine et Victor HugoChapitre 36 sur 118 · Apocalypse, chap. III · texte numérisé non relu

Apocalypse, chap. III

lièrement belle, dérangement qui peut aller jusqu'à la laideur. Et ce qui arrive au physique n'est que l'image et la traduction en relief de ce qui se passe dans l'esprit. La rupture de l'équilibre intérieur au profit d'une seule faculté est précisément la forme la plus habituelle du génie : personne n'ignore que la fulie est proche du génie ainsi défini. Or, Victor Hugo n'a point échappé à la règle commune, qui est qu'en ce monde tout s'achète, et que la nature, plus accoutumée à vendre qu'à prodiguer gratuitement aux hommes les richesses du sol ou du ciel, ne donne guère aux poètes non plus leur talent divin sans le faire payer.

Certains défauts sont ordinairement le prix de certaines qualités éclatantes et supérieures : l'imagination colossale de Victor Hugo a pour contre-partie, en vertu de cette loi, un amoindrissement relatif de la pensée ou de ce que M. Nisard appelle la raison.

Poète pensif : c'est par cette épithète que l'auteur des Contemplations s'est désigné luimême très souvent ; mais la vérité est qu'il pense, à proprement parler, moins qu'il ne le dit et qu'on ne le croit. Ses pensées sont des intuitions, des sentiments, des images.

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