‹ Racine et Victor HugoChapitre 37 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE

et elles peuvent avoir, de ce fait, une grande valeur esthétique ou morale ; leur valeur logique et intelligible est plus rare, plus douteuse. Si l'on entend par pensée l'usage de Ih faculté qui juge, compare, pèse, examine, distingue, analyse, choisit et raisonne, on devra reconnaître que cette faculté est incomparablement moindre chez Victor Hugo et moins employée par lui que la puissance d'imaginer, de sentir et de voir. Et quand on s'est bien rendu compte de cette disproportion, on a la clef du génie de notre poète; il n'est pas un des défauts que la critique lui a reprochés qu'on ne s'explique dès lors avec la clarté presque mathématique d'un phénomène naturel, connu et classé par la science. Un homme doué d'une imagination toujours en mouvement et en feu, qui sent palpiter la vie universelle et prête à toute chose dans la nature une âme et une physionomie',

1. Celte puissance A'an'unalioa universelle va jusqu'à bouleverser d'une façon bizarre la iiiérarchie des ordres de la nature et jusqu'à imnsincr entre les êtres de règnes différents des relations liétéroclites. Ainsi, dans la poésie de Victor Hugo, les branches jouent à la raquette avec les oiseaux, les insectes polissonnent avec les fleurs :

Les branches, dans leurs doux ébats, Se jcUent les oiseaux du bout de leurs raquettes; Le bourdon galonné fait aux roses coquettes

Des propositions tout bas. {l,€s Contemplation».)

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cet liomme-là est un voyant^ auquel il serait simplement absurde de demander le discernement, la patience, la subtilité, la pénétration d'un penseur. S affliger des inégalités et des lacunes du génie de Victor Hugo, ce serait donc à peu près aussi raisonnable que si l'on s'étonnait de trouver des vallées et des précipices le long d'une chaîne de montagnes.

Ces précautions prises, etlerapport nécessaire des qualités aux défauts dans l'organisation du génie poétique étant compris comme il doit l'être, il ne faut pas craindre d'accorder à la critique adverse la place à laquelle elle a droit. L'admiration continue ennuie et finit par devenir suspecte. Une louange que rien n'assaisonne est chose trop banale. Tout sentiment excessif provoque une protestation également excessive, et le seul moyen d'empêcher la critique d'élever bruvamment une voix discordante, c'est de l'admettre à faire entendre sa juste note dans le concert.

Cette seconde partie de notre étude ne sera point la contradiction ni même l'atténuation de la première. Nous allons seulement considérer une autre face du même objet, retourner dans nos mains, pour l'examiner mieux, la riche

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