‹ Racine et Victor HugoChapitre 38 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIEiXE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIEiXE

pièce d'orfèvrerie dont la magnificence nous avait causé d'abord une sorte d'éblouissement.

Victor Hugo se complaît dans Yexti^ême et dans l'opposition des extrêmes : c'est un premier effet de la prépondérance que l'imagination chez lui a sur la pensée. Les deux pôles qui, alternativement, exercent sur son esprit une sorte d'attraction magnétique, sont la force et la faiblesse, le crime et l'innocence, les tyrans et les opprimés, les géants et les enfants, les démons et les anges, l'ombre et la lumière, l'enfer et le ciel. L'espace intermédiaire, c'està-dire, après tout, celui même où se meuvent la terre et l'humanité, ne l'intéresse pas, à beaucoup près, autant que ne l'attirent ces deux extrémités opposées.

De là, dans sa poésie et dans sa prose, les entrechoquementsetles éclairs continuels à'a?itithèses, manière d'écrire brillante, mais violente, qui est juste le contraire de l'art des nuances délicates et de la mesure dans l'expression du vrai. De là aussi dans ses œuvres l'absence, ou du moins la rareté, de véritables études psychologiques et morales, de véritables portraits humains qui ne se bornent pas à in-

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carner le bon et le mauvais principe pour les mettre extérieurement aux prises, comme deux puissances surnaturelles et irréconciliables, mais qui sachent habilement montrer, dans l'intérieur de la même âme, le bien et le mal cherchant à faire de curieuses alliances et d'intéressants compromis, comme cela se passe en réalité dans la vie. De là, enfin, de ce goût prononcé de Victor Hugo pour l'opposition et le choc des extrêmes, de cette répugnance ou de cette impuissance du poète à étudier patiemment les caractères, à pénétrer dans les détours, les replis, les secrets du cœur de l'homme et de la femme, de là, dis-je, l'éclat superficiel de son théâtre, le peu de fond substantiel et solide que ses drames, comme ses romans, présentent aux méditations du moraliste.

Du style, de la poésie, de l'esprit, un dessin ferme et net, de vives et brillantes couleurs, des situations plaisantes ou terribles très ingénieusement imaginées, des attitudes superbes, de beaux sentiments, de beaux discours, enfin toute l'éloquence et aussi toute la rhétorique traditionnelles de la scène française : voilà ce qu'on est sûr de rencontrer toujours dans le théâtre de Victor Hugo ; mais il n'en faut point

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