William Shakespeare
neille et d'autres sublimes esprits en ont donné l'exemple, mais de faire de l'absence de mesure une beauté, et de l'exagération, cette chose si facile et si commune, le sommet de la poésie et le triomphe de l'art! Est-ce qu'il n'est pas bien plus rare et bien plus beau de peindre l'homme et la femme, surtout peut-être de peindre des hommes et des femmes^ que de représenter des anges, des démons, des fées, des monstres, des géants, des divinités infernales ou célestes, et toutes ces figures purement idéales qu'une fantaisie médiocre ou que la simple convention prodigue avec une si banale abondance? Combien ne faut-il pas plus d'attention, de pénétration, de finesse, de pensée enfin et d'étude intelligente, pour réunir patiemment et pour nuancer tous les traits dont se compose la ressemblance historique et morale de Néron dans Britannicus^ que pour habiller d'un seul coup et de pied en cap le démon de la vengeance dans le grand manteau sombre du terrible don Salluste, le maître de Ruy Blas! Quel amateur sérieux pourrait égaler, en fait d'intérêt dramatique, le babil angélique et suave, mais enfantin, de toutes les amoureuses du théâtre de Victor Hugo, aux savantes et profondes analyses où s'explique l'âme