‹ Racine et Victor HugoChapitre 43 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIËCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIËCLE

d'une Hermione, d'une Roxane, d'une Phèdre? Costumes éclatants, attitudes pittoresques, débordements de poésie lyrique au milieu du drame, bouffons venant à point égayer la tragédie, situations extraordinaires qui font trembler ou rire, antithèses et paradoxes, vers de terre faisant leur cour aux étoiles, grand cœur et grand génie cachés sous la livrée d'un laquais : toute cette magnificence éblouit la vue et enchante l'oreille, mais sonne creux. C'est comme la perle éclatante, mais sans usage et sans saveur, à laquelle le coq du bon La Fontaine déclare naïvement préférer un grain de mil; nous aussi, dût-on nous accuser de goûts positifs et bourgeois, « le moindre grain de mil », je veux dire, de vérité humaine, d'expérience de la vie, d'observation morale, « serait bien mieux notre affaire ».

Ce n'est pas seulement dans l'ordre dramatique que la prépondérance de l'imagination sur la pensée enlève au talent resplendissant de Victor Hugo le charme des nuances et de la mesure. Les personnages dont il parle, comme ceux qu'il meten scène, présentent généralement ce même caractère, d'être entiers, tout d'une

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pièce, de s'élever d'emblée à l'idéal et à l'absolu de leur nature. Les objets de son culte et de son amour ont uniformément toutes les perfections qui peuvent rendre adorable une créature humaine; les objets de sa haine sont tous également infâmes et également maudits.

Considérez, par exemple, la principale victime des satires vengeresses du grand poète. Napoléon III, dans les Châtiments, est un bandit, un pirate, un assassin, un histrion, un loup, un pourceau, un singe, un chat-huant, une hyène; c'est Cartouche, c'est Sylla, c'est Borgia, c'est Néron; c'est Caïn marqué au front du signe de la réprobation divine; c'est Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin. Chose curieuse et significative : jamais le talent de l'auteur n'a été tenté par l'ambition assez naturelle, à ce qu'il semble, une fois passés les premiers emportements, de peindre avec vérité l'individu particulier et unique qui n'a paru dans l'histoire qu'une fois, qui n'était sans doute pas un pur monstre, une simple bête fauve sans aucuns traits d'humanité, et qui fut Louis-Napoléon Bonaparte et non point un autre homme, ni un démon quelconque '.

4. Dans l'Année terrible, V. Hugo a tenté une fois ou deux de peindre l'homme qu'il s'était borné, dans les ChàtimenU, à

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