Les Voix intérieure*, I
222 RACllNE ET VICTOR HUGO.
Trisle et nous souriant dans notre nuit fatale, Sur le noir Golgotha saigne éternellement*.
Mais il y a je ne sais quoi de choquant comme un anachronisme à voir le plus grand représentant de la poésie française au xix" siècle, parvenu aux jours solennels de la vieillesse, oublier si entièrement le Regard T^ar lui jeté dans une mansarde en 1839^ et faire des dogmes vénérables de la religion fondée par le Christ une critique moqueuse, dont le ton léger et les arguments superficiels nous ramènent au rationalisme suranné de Voltaire et de son époque^
Même absence de profondeur et de sérieux dans l'examen que Victor Hugo, en sa qualité de « poète pensif », se donne l'air d'avoir fait de tous les systèmes de philosophie. Ferme dans sa croyance générale à Dieu et à l'âme, il flotte du déisme au panthéisme, de l'immortalité personnelle à la métempsycose, sans bien savoir lui-même quand c'est Platon ou Spinosa qui l'inspire, quand il est disciple de Kant, de Swedenborg ou de Pythagore. Les noms de