V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIECLE
lique pour lui conserver la valeur d'un jugement juste au moins dans la plupart des cas.
Sans insister de nouveau sur la sensibilité d'un tel poète (car il est vraiment trop absurde de lui contester un cœur largement ouvert à toutes les émotions humaines, bien que cette absurdité manifeste soit un des articles reçus de la critique courante), sont-ce des morceaux faiblement pensés que la Rêverie d'un passant à propos dun roi. ou que cette autre pièce des Feuilles d'autoinne dans laquelle le poète se demande où est le bonheur et constate que d'âge en âge Dieu le lui a donné sans qu'il en ait eu conscience autrement que par le souvenir et le regret?
Sont-ce des morceaux faiblement pensés ou faiblement sentis que les sérieux alexandrins adressés au défunt historien Alphonse Rabbe, ou que cette autre pièce des Chants du crépuscule où le poète nous décrit la vie stérile et la mort indifférente d'un suicidé de dix-neuf ans, qui ne croyait à rien, qui jamais ne rêvait,
Qui n'aimait pas les champs, que sa mère ennuyait!..
[ombre, Non, ce que nmis plaindrons, ce n'est pas toi, vaine Cliiffre qu'on n'a jamais compté dans aucun nombre,
C'est ton nom jadis pur, maintenant avili,
C'est ton père expiré, ton père enseveli,
Vénérable soldat de notre armée ancienne,
Que ta tombe en s'ouvrant réveille dans la sienne I
Ce sont tes serviteurs, tes parents, tes amis.
Fous ceux qui t'entouraient, tous ceux qui s'étaient mh
Follement à ton ombre, et dont la destinée
Par malheur dans la tienne était enracinée.
C'est tout ce qu'ont flétri tes caprices ingrats,
C'est ton chien qui t'aimait et que tu n'aimais pas I
N'est-ce qu'une brillante fantaisie de l'imagination, la pièce idéalement pure, chaste et grave qui a pour titre Date lilia, on le poète, s'inspirant de ce qu'il y a sur la terre de plus saint et de plus sacré, le foyer domestique, l'amour dans le mariage, surpasse en religieuse tendresse l'éloquence d'un Klopstock ou d'un Milton et se montre l'égal de ces oracles pieux de la sagesse antique auxquels Virgile donne une place particulièrement glorieuse dans le séjour de l'éternelle félicité, parce que leur bouche a prononcé des sentences dignes d^^ dieux? '
Sont-ce des jeux frivoles de métaphores et d'antithèses, les poèmes intitulés A un riche^ Siint lacrymx reruni, Melancholia^ et tant de